XY de Sandro Veronesi

XY de Sandro Veronesi

San Giuda, village des Alpes Italiennes où se déroule le roman est une sorte de « lieu hors du monde » qui ne reçoit ni la radio ni la télévision, ni d’autres ondes plus sophistiquées : une montagne fait barrage et on pourrait croire ce lieu isolé à l’abri de l’influence du monde moderne et des tragédies rapportées par les médias.

Il n’en sera rien : un massacre dépassant l’entendement humain s’y déroule. La neige ne cesse de tomber comme pour rendre floues de telles horreurs, qui s’éparpillent autour un arbre givré imbibé de couleur rouge, que le lecteur peine à visualiser, totem du caractère impossible des faits.

La narration nous égare sur des fausses pistes à travers l’étude ethnologique des habitants du hameau ; la géographie de celui-ci fait l’objet d’une description presque scientifique, mais inutile à l’enquête ; l’Etat falsifie violemment les preuves pour donner une version acceptable du mystère, et s’empresse de classer l’affaire.

En résumé, Sandro Veronesi nous raconte la fin du monde au bout du monde, en nous confrontant aux limites de la science et de l’appareil d’Etat : tout est détruit, le Mal a triomphé, l’humanité a baissé les bras.

Mais une psychiatre urbaine en empathie physique avec les faits s’associe à un prêtre pour « en avoir le cœur net ». Les deux « enquêteurs » s’égarent , s’effrayent, mais aimeraient regarder le Mal en face ; Dieu est omniprésent mais incompatible avec la réalité, il ne sera d’aucune aide, surtout que les habitants de San Giuda semblent se référer à d’autres croyances.

Ce texte, alourdi par des confrontations duelles (homme/femme, bien/mal, ville/montagne, religion/psychanalyse….) n’est pas tout à fait un grand roman ; l’intrigue est menée à la manière d’un polar assez simple , les dialogues terre-à-terre cassent le rythme des envolées métaphysiques, et les références au divin ne sont pas toujours subtiles

Mais XY débouche sur un souffle de liberté  et c’est certainement là que se situe la plus grande qualité de l’ouvrage : tout comme les deux « enquêteurs », le lecteur est amené à élaguer bon nombre d’idées reçues dans lesquelles il s’engouffrerait volontiers pour revenir à l’essentiel, cet arbre rouge insupportable et inexplicable , qui détruit systématiquement toute hypothèse vérifiable,mais qui existe et il faudra vivre avec.

 

Chronique de Francine Mancini

 

XY,  Sandro Veronesi, Grasset, traduit de l’italien par Jean-Paul Manganaro, ISBN 9782246785804

 

Quatrième de couverture :

Dans XY (Grasset), l’auteur de Chaos calme décrit, dans un village de montagne, un massacre dont la portée est universelle.

Dans la forêt de San Giuda, petit village de montagne du Trentin, onze cadavres ont été retrouvés dans la neige, au pied d’un sapin ensanglanté. Les victimes sont mortes au même moment, mais chacune d’une mort différente. Une tuerie qui dépasse l’entendement des autorités chargées de l’enquête : elles préféreront camoufler leur incompétence sous une version officielle d’attentat islamiste.

Tous les ingrédients du thriller sont réunis mais Veronesi, même s’il en adopte la narration haletante, a une toute autre intention. D’abord, on ne saura jamais qui a commis ce crime surréaliste (l’une des victimes a été dévorée par un requin !). Ce n’est pas essentiel d’ailleurs, car ce qui accroche le lecteur et taraude sa conscience, c’est l’analyse contradictoire et mouvementée qu’en font la psychanalyste et le prêtre, les arguments de la raison s’opposant à ceux de la foi dans une oscillation obsessionnelle et déroutante. Comment trouver la parade devant l’inconcevable ?

C’est une question qui était déjà au cœur de Chaos calme, où le héros, confronté à la mort accidentelle de son épouse, passait par le déni de la douleur avant de trouver son salut en s’ouvrant à celle des autres. Le massacre inexpliqué de San Giuda, outre qu’il pose en creux la question du traumatisme qu’induit le flot d’horreurs déversé en continu par les médias, est la représentation archétypale du mal que porte une humanité qui se châtie plus durement qu’un dieu ne le ferait.



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