L’homme-bambou de Jocelyn Bonnerave

Le bambou est une plante particulière. C’est un rhizome dont la pousse est souterraine, rapide et envahissante, il est multicentre et anarchique. Ainsi plane sur « L’homme bambou » la philosophie de Deleuze et Guattari pour qui, penser en réseau permet de s’interrompre, de reprendre, d’être fluide, sans hiérarchie et centre unique. Et pourtant, de lecture facile, bien qu’à plusieurs niveaux, un œil malicieux et une propension à l’imaginaire, voire au surréalisme, suffiront amplement à délecter tout esprit curieux.

En trois parties indépendantes, ce roman narre les aventures de A. qui découvre un bambou lui pousser dans le bas du dos. L’impossible se réalise, l’homme devient plante. Commence alors une fuite en avant de notre « monstre de foire » et de son amoureuse originale et malhonnête, Maïa.

Du romantisme de la premiere rencontre, pimenté par une magnifique scène d’amour, à la description méticuleuse et inquiète d’un parcours à vélo, le recit se densifie dangereusement.

La deuxième partie angoissante et comique passe par le repli dans un cirque, une succession de scènes hilarantes dessine cette farce immagée.

On termine par l’enfermement expérimental et inquiétant au Jardin des Plantes. Bonnerave livre une analyse et satire brillamment enlevée de notre société dangereuse et mercantile, saupoudré du bonheur lyrique de ce couple à la Bonnie and Clyde.

Le rizhome qui prend possession du corp de A. envahit littérairement l’esprit et l’écriture du roman. Chacune des parties a son propre style narratif, la palette de l’auteur est riche par son vocabulaire précis et son soucis du détail. Il pousse même l’exercice jusqu’à retranscrire ses pensées et souvenirs originels de plante, avec l’aide d’un procédé typographie qui lui aussi mue. Le fait que l’auteur soit également musicien n’étonne aucunement, au vu du rythme de son texte. Tout cela pourrait paraître fabriqué ou rébarbatif, il n’en est rien. L’ensemble opte pour un humour léger comme un frémissement de feuille, une poésie à la fraîcheur de la rosée, une inventivité et finesse sensuelle qui nourrissent le terreau de l’imaginaire, tout en jonglant avec les théories et utopies scientifiques. Maïa est le tuteur de son compagnon perdu entre une jungle d’interrogations et une raison qui l’enfonce dans l’immobilisme.

La fin est pétillante, le rhizome a fonctionné, et comme le dit ce récit : « C’est vouloir réconcilier Darwin et Alice au pays des merveilles « 

Chronique de Christiane Miège

L’homme-bambou, Jocelyn Bonnerave, Seuil, ISBN 978-2021098242

Quatrième de couverture :

Au commencement, il y a un jardinier. Et à l’arrivée, un monstre vert, feuillu. Entre les deux, une métamorphose qui entraîne une cavale d’un an et demi à travers la France et l’Europe. Quand un bambou vous pousse dans le dos, ça change la vie.

L’homme bambou va connaître la carrière de bien des monstres : le cirque et le muséum d’histoire naturelle. Comme elle est loin, la bambouseraie ariégeoise, lorsqu’il faut s’exhiber tous les soirs sous un chapiteau, ou plus tard, se cacher toutes les nuits dans les serres du Jardin des Plantes, à Paris… Et puis est-ce qu’on peut compter sur Maïa ? Étudiante en archéologie, elle vole par conviction, multiplie les amours, maîtrise l’art de la dissimulation. L’homme bambou a ses faveurs, avec ferveur. À sa façon, elle l’aide à accueillir ce corps mutant, à mener cette vie sur la route ou dans les sous-sols, et à découvrir un nouvel usage des plaisirs. Elle est toujours là lorsqu’il faut fuir.

Car la science de laboratoire peut se révéler dangereuse dès lors que ses recherches intéressent l’industrie.

Voter : 1 Star2 Stars3 Stars4 Stars5 Stars
Loading ... Loading ...

Votez pour soutenir ce livre pour le Grand Prix Littéraire du Web
1 pingback on this post
Submit your comment

Please enter your name

Your name is required

Please enter a valid email address

An email address is required

Please enter your message

A propos

Chroniques de la rentrée littéraire est un défi lancé par le monde du livre à la blogosphère littéraire :
chroniquer une majorité des parutions romanesques de l’année.
En regroupant 300 bloggeurs
littéraires, Chroniques de la rentrée littéraire est un intermédiaire permettant à chaque livre d’être lu
par au moins un lecteur expert, en toute liberté de ton.

Chroniques de la rentrée littéraire © 2014 All Rights Reserved