Confusion de Neil Jordan

Confusion de Neil Jordan

Neil Jordan était cinéaste, on lui doit notamment Entretien avec un vampire ou The crying game. Et à lire ce roman, on retrouve des thèmes qui rappellent l’un et l’autre film. Du premier, on retrouve un goût pour le surnaturel. Du second, le sens du coup de théâtre à mi récit qui éclaire d’un jour nouveau tout ce qui est raconté depuis le début.

En l’occurrence, le roman reprend le thème du double, cher notamment à la littérature fantastique de Poe pour ne citer que lui (et pour en citer un autre, ça m’évoque un très intéressant roman de Daphné du Maurier, le bouc émissaire, paru il y a quelques années chez Phébus, du temps où Jean-Paul Sicre veillait avec passion à cette maison).

Kevin, un jeune homme vivant à Dublin est pris à plusieurs reprises pour quelqu’un d’autre. On lui dit qu’on l’a vu en des lieux où il ne se souvient pas être allé, des gens qu’il ne connaît pas le reconnaisse. D’abord étonné, il va peu à peu se prendre au jeu, profitant de cette possibilité pour faire ce qu’il n’oserait pas forcément faire. Jusqu’au jour où il va rencontrer son double presque parfait, puisque son alter ego vit dans les beaux quartiers et fréquente ce qu’on appelait dans mon enfance la haute. Les deux personnages vont s’étonner de cette dualité jusqu’au jour où ils vont en découvrir la vraie raison (j’ai marché à fond et rien vu venir, mais je suis très bon public), mais aussi nouer un étrange pacte.

La construction du roman en flash back, un Kevin vieilli racontant toute l’histoire à la fille de son double, est parfaitement réussi, le puzzle (attention cliché à venir) s’assemblant peu à peu. Confusion est le genre de livre qui, chaque fois que l’on croît avoir compris, ouvre une nouvelle piste. C’est aussi l’occasion d’une description de l’Irlande des années 50 et 60. Loin du swinging London, on découvre une société traditionnelle étouffante, avec des classes sociales très séparées vivant dans des mondes parallèles, des interdits multiples et un moralisme d’inspiration catholique qui brise les êtres, sans le moindre remord.

Etonnamment ce livre a été publié en décembre 2012, alors qu’avec son suspense parfaitement mené, il avait tout pour être un succès estival, malgré ou grâce aux thèmes sombres qui le traversent.

 

Chronique de Christophe Bys

 

 Confusion, Neil Jordan,  Editions Joelle Losfeld, ISBN : 9782072467219, Traduction de l’anglais : Florence Lévy-Paoloni

 

Quatrième de couverture :

Dublin, dans les années 1950-1960. Kevin Thunder, adolescent d’uen famille modeste, et Gerald Spain, fils d’un couple aisé, sont régulièrement pris l’un pour l’autre. Lorsqu’une fille le confond avec Gerald, Kevin sort avec elle sans la détromper. Les deux «sosies» se croisent ponctuellement mais suivent des chemins très différents jusqu’à ce que Gerald, devenu un écrivain célèbre, marié et père de famille, demande à son double de le tirer d’une affaire délicate. C’est alors que les courbes de la vie des deux hommes semblent s’inverser : Gerald s’enferme dans l’alcool et l’échec, tandis que Kevin part vivre à Berlin.
À la mort de Gerald, Kevin rencontre Emily. C’est la fille de Gerald, qu’elle a peu connu. Pour l’aider à démêler les fils de ces incroyables destins croisés, Kevin entreprend d’écrire un livre qui serait leur autobiographie à tous les deux.
Secrets, identités multiples, thème du double (hommage à Edgar Poe, entre autres) sont des obsessions qui hantent la plupart des films de Neil Jordan et que l’on retrouve au centre de ce beau et énigmatique roman.




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