Le dessinateur d’ombres d’ Ana Clavel

Le dessinateur d’ombres d’ Ana Clavel

Ce livre cultivé et de facture classique narre en clair-obscur la relation paternelle qui lie Lavater, un pasteur suisse célèbre pour son traité de physiognomonie, à son jeune apprenti Giotto. Ainsi nommé pour son talent, le jeune homme traverse ce roman de formation, constamment balloté entre des contraires esthétiques, moraux, existentiels. Le récit savamment orchestré oscille entre noir et blanc, à l’époque d’un siècles des lumières qui vit la connaissance combattre les ténèbres. La nuit hélas obscurcira peu à peu le blanc des pages qui égrènent la vie pas si imaginaire du subtil et talentueux « dessinateur d’ombres ».

A l’instar de la physiognomonie qui consiste à établir le caractère humain à partir d’un portrait de profil en noir découpé sur fond blanc, et qui fut la grande mode dans toute l’Europe du 18ème siècle, Ana Clavel dessine à son tour un petit bijou qui a le charme des cabinets de curiosité, la sensibilité artistique des sels d’argent et la valeur scientifique des premières « caméra obscura ».

La virtuosité de l’auteure et la tension du roman tiennent dans le jeu incessant des contraires. Situations, personnages, thèmes artistiques ou philosophiques, voient notre Giotto se battre contre la rationalité et la foi de son maître Lavater, pour mieux affirmer ses aspirations curieuses, vitales, amoureuses et artistiques. Ses choix successifs sont autant de coups de crayon qui dessinent sa liberté.

La dualité est partout dans cette fable initiatique. Un simple portrait génialement produit par le jeune Giotto emmène le lecteur du nord au sud, de la beauté divine à la réalité pécheresse, de la vertu à la mort. Pour les plus érudits, l’esthétisme, les découvertes scientifiques et la vie de l’époque sont le squelette de ce roman rigoureux. Le naturel des situations d’Ana Clavel, à travers ses métaphores si poétiques, bercent cette biographie du jeune Giotto – « le dessinateur d’ombre » – qui s’éblouit de lumière et de jouissance.

La fin de vif argent, laissera le lecteur conscient une fois de plus que de tout temps, beauté et bonheur sont fugaces.

Chronique rédigée par Christiane Miège

Le dessinateur d’ombres, Ana Clavel, Anne Carrière, traduction Brigitte Jensen, ISBN : 978-2-8433-7665-8



une petite faim de culture ? inscrivez vous à la newsletter
Share This
WordPress Video Lightbox Plugin