Petit art de la fuite d’ Enrico Remmert

Petit art de la fuite d’ Enrico Remmert

A la fin de ce roman italien, Vittorio, un des trois personnages note « un épisode dont nous n’avons même pas été témoin peut nous changer définitivement. » C’est ce que s’emploie à montrer ce drôle de roman qui ne manque pas de fantaisie, ni d’amour, le pain est un peu présent à la fin.

Road movie itlaien, puisqu’il narre la traversée de l’Italie en Fiat 500 par trois trentenaires plutôt losers, petit art de la fuite contient d’élégantes variations. Le roman est construit en alternant les points de vue de ses trois héros : Vittorio, un violoncelliste qui doit rejoindre un orchestre au Sud de l’Italie et sa fiancée Francesca qui l’accompagne et voudrait bien profiter de ce voyage pour le quitter, elle l’a promis à son « amant » comme on disait autrefois. Les deux sont rejoints par l’extravagante Manuela, qui se partage entre l’auto école familiale et les pistes de discothèques où elle s’exhibe joyeusement. Cette dernière est poursuivie par un irascible disque jockey qui était aussi son fiancé.

C’est drôle souvent, vif et inattendu, les péripéties entretiennent le récit qui est plaisant comme dans une comédie très réussie (tendance plutôt Podalydès que Yann Moix qui est au cinéma ce qu’il est à la littérature, ce qui signale un beau tempérament et une persévérance qu’on ne saurait trop encourager).

C’est aussi très juste sur la crise de la trentaine, puisque la modernité semble avoir de chaque âge un moment de doute. « Je vois dans les agences de voyage des lieux de tri émotif, et dans la frénésie à voyager des gens de mon âge non de la curiosité envers le monde, mais une tentative d’exporter leur malaise : changer leur insatisfaction de place en la transportant dans un autre décor, exiger brutalement de la distance ce que le temps ne pourrait offrir que petit à petit », remarque fort à propos l’auteur.

A l’arrivée du périple, Francesca notera « la sensation désolante que tout est hélas terminé, mêlée à la sensation exaltante que tout est enfin terminé. » C’est dans cette demi teinte cette irrésolution que s’inscrit ce roman italien passé inaperçu et qui peut être glissé dans la valise avant de partir en vacances ou être lu pour avoir l’impression de voyager en restant assis.

 

Chronique de Christophe Bys

 

Petit art de la fuite,  Enrico Remmert, édition Philippe Rey, Traduit de l’italien par Nathalie Bauer, ISBN : 978-2-84876-240-1

 

Quatrième de couverture :

« Laissez votre surf dehors, ici il n’y a pas de place pour des réalités aussi subjectives. »

Trois trentenaires turinois se retrouvent embarqués dans un voyage improbable du nord au sud de l’Italie : Vittorio, violoncelliste torturé et hypocondriaque ; Francesca, sa fiancée de toujours au bord de la rupture ; Manuela, leur amie loufoque, gogo-danseuse et monitrice d’auto-école à ses heures perdues (ou l’inverse)… Rapidement, avec l’ex de cette dernière aux trousses, le voyage dans la poussive Baronne à doubles commandes devient une course-poursuite, une épopée déjantée et douce-amère où chacun se révèle. Au fil des kilomètres et des rencontres, les liens se nouent et se dénouent, les événements prennent une dimension initiatique, les choix s’expliquent et les masques tombent.

Dans ce récit à trois voix, servi par une écriture inventive, Enrico Remmert brosse avec justesse le tableau d’une jeunesse déboussolée mais avide de rêves. Entre humour et gravité, ironie mordante et poésie, il signe un roman réjouissant.

 



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