Paradis [avant liquidation ] Julien Blanc-Gras Au diable vauvert

Paradis [avant liquidation ] Julien Blanc-Gras Au diable vauvert

L’immense David Vauclair avait dit il y a deux ans ici http://chroniquesdelarentreelitteraire.com/2011/09/romans-francais/touriste-de-julien-blanc-gras tout le bien qu’il pensait de touriste de Julien Blanc-Gras, et de récents événements dans la vie dudit chroniqueur (félicitations David) prouve qu’il ne s’était pas laisser abusé par le sex appeal de l’auteur photographié en page deux, quand il avait écrit cet avis éclairé.

Julien Blanc Gras revient avec ce Paradis [avant liquidation] où ceux qui l’ont déjà lu retrouveront tout ce qui fait la qualité de cet auteur, sans que cela ne fasse systématique, et où, on les envie, ceux qui le découvriront, se réjouiront d’un auteur qui réussit à être intelligent et drôle, pertinent et léger. Un auteur de rêve pour libraire fainéant, l’écrivain ayant dû abattre un boulot pour arriver à ce résultat.

Comme Touriste, Paradis est un récit de voyage. Là où le précédent passait d’une zone du globe à l’autre, Paradis se consacre aux Iles Karibati connues de tous ceux qui s’intéressent à l’environnement, cet archipel ayant le triste privilège d’être promis à la destruction en raison du réchauffement climatique qui ferait monter les eaux (j’entends Claude Allègre râler, tel un mamouth dégraissé, mais mon Claude calme-toi, je ne fais que répéter ce que j’entends, je recopie ce que je lis dans les livres et les journaux en essayant de ne pas me tromper dans mes décalques, une courbe ascendante devient tellement vite descendante.).

Julien Blanc-Gras n’est pas Ulysse et n’a donc pas fait un beau voyage : il est allé aux antipodes où il a pû vérifier que contrairement à ce que chantait Charles Aznavour, la misère n’est pas moins pénible au soleil (Emmenez-moi).

Les Karibati sont un pays paradoxal au sens propre, puisqu’ils réunissent des contraires a priori séparés : derrière la carte postale se cache un enfer moderne. Les îles où l’Occident rêvait de trouver de bons sauvages ont été sauvagement détruites par des occidentaux repartis depuis. La plage de sable blanc est une immense tinette à ciel ouvert, de sorte qu’il vaut mieux abandonner toute idée de bain, la nourriture est quasiment inexistante, l’eau potable est un combat et on en passe, comme la corruption, l’impéritie des organisations internationales et tout le business des consultants en climat.
S’il n’est pas Ulysse, Julien Blanc-Gras est malgré tout un grand voyageur qui a compris que plus que les paysages ce sont les gens que l’on croise qui importent le plus. Son récit est donc une magnifique galerie de portraits, des uns et des autres, le tout relaté avec un humour permanent : « Atanroi Baiteke ne se lève pas pour me saluer et je ne lui en tiens pas rigueur car il est unijambiste » note-t-il ainsi fort logiquement. Composé de courts chapitres, le récit de Julien Blanc Gras raconte les iles, leurs habitants, l’histoire locale mais aussi l’économie avec une sorte de joie tranquille et ce singulier talent : il parvient à avoir un humour impliqué, quand l’humour implique normalement distance.

A la fin des pages alertes de ce récit désespérant aussi tant ces quelques morceaux d’ile semblent concentrer tous les facteurs défavorables imaginables, on se prend d’un rêve. Qu’on confie à Monsieur Blanc Gras la réécriture de tous les guides touristiques, ces monuments d’ennui, empli d’un savoir triste pour qu’ils soient enfin à l’image de ce bref récit : le récit de la vie dans toutes ces contradictions.


Chronique de Christophe Bys

 

Paradis [avant liquidation ], Julien Blanc-Gras, édition Au diable vauvert, ISBN 9782846265003

 

Quatrième de couverture :

 

« Il y a des pays en voie de développement et des espèces en voie de disparition. La république des Kiribati est un pays en voie de disparition. Perdu au milieu de l’océan Pacifique, ce petit paradis semble promis à l’engloutissement par le changement climatique.
J’ai organisé ma vie autour d’une ambition saugrenue, le quadrillage méthodique de la planète. Moteur : toujours voir un pays en plus. Ce qui se profile ici, c’est un pays en moins. Je dois m’y rendre avant qu’il ne soit rayé de la carte. »

Au bord de lagons de carte postale, le journaliste écrivain entraine le lecteur dans ses péripéties cocasses ou dramatiques, narrées avec son écriture élégante, son humour et sa justesse de ton habituels, entre distance et empathie. On rencontre les pêcheurs et les présidents, les missionnaires et les ivrognes, les expatriés et les candidats au départ. Autant de fragments qui composent un tableau de ce paradis en sursis, confronté à un défi sans précédent. Peuplées depuis 3000 ans, les Kiribati devront-elles déménager pour survivre ?

Un éclairage inédit sur cette contrée méconnue, éloignée de la mondialisation et pourtant aux avant-postes de la menace climatique.




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