Transatlantic de Colum McCann

Transatlantic de Colum McCann

Premier chapitre, première histoire. Nous sommes en 1919. Alcock et Brown, vétérans de la guerre 14-18, ont un projet fou. Traverser l’Atlantique sans escale à bord d’un Vickers Vimy, un bombardier arrivé d’Angleterre par bateau et assemblé sur place, aux États-Unis, dans un champ. A la place des bombes, des réservoirs supplémentaires sont ajoutés et l’engin de guerre est transformé en porteur de rêves. D’autres hommes ont le même projet. Certains sont déjà morts en mer. Alcock et Brown le savent mais veulent aller jusqu’au bout. En attendant les conditions météorologiques optimales, les deux hommes s’entraînent encore et encore, de jour comme de nuit.

La foule se presse pour admirer la Vimy. La presse est là elle aussi. La reporter Emily Ehrlich, qui signe les grands titres à la une d’un journal local, couvre cet exploit sportif. Elle ne pose aucune question. C’est sa fille de dix-sept ans, Lottie, qui fait les photos et interroge les deux aventuriers, ce qui rend furieux les autres journalistes. Un peu avant leur départ, cette dernière confie à Brown une lettre adressée par sa mère à une famille de Cork, en Irlande. Le courrier arrivera t-il à destination ?

Deuxième chapitre, deuxième histoire. Frederick Douglass, vingt-sept ans, vient de traverser l’Atlantique en bateau. Il se rend chez Web, son éditeur. A ses côtés, il parcourt l’Irlande pour dénoncer l’esclavagisme américain. Lui-même esclave, il a fuit pour retrouver sa liberté. A Boston, il risque à tout moment d’être capturé, renvoyé dans le Sud, attaché à un arbre et fouetté pour l’exemple.

C’est à Dublin que Lily Duggan, une jeune domestique âgée de dix-sept ans, croise son regard et décide de changer de vie. Elle part seule pour le Nouveau Monde à une époque où prendre ce genre de décision n’est pas aussi simple que maintenant.

Troisième chapitre, troisième histoire. Le sénateur George Mitchell, soixante quatre-ans, est chargé de trouver un moyen pour rétablir la paix en Irlande du Nord. Il passe son temps dans les avions et enchaîne lectures de rapports et réunions de négociations. Son travail est arasant. « Il a parcouru des volumes entiers consacrés à la non-violence. La paix, ne peut se concevoir sans impératifs moraux. Nulle coexistence sans la reconnaissance de toutes les parties. Les exclus du milieu. Le dépassement du moi. Pas de supériorité culturelle. Conscience individuelle, responsabilité collective. Et toujours, toujours répéter ce qui devrait être compris depuis longtemps. » p. 174. Mitchell est entouré d’hommes qui le protègent et vit dans la crainte d’un attentat à la bombe. Ne plus revoir sa femme et son fils, c’est le pire qui puisse lui arriver. Quand un accord est enfin trouvé, il reste prudent car le plus dur, le vrai travail, reste encore à venir.

Alcock et Brown, Douglass, Mitchell. Quel est le lien entre ces hommes et leurs histoires ? Et bien je l’ai cherché pendant longtemps, très longtemps même puisque les trois chapitres qui leur sont consacrés occupent le moitié du livre environ. Mise à part les États-Unis, l’Irlande, et le subtile mélange entre fiction et réalité opéré par l’auteur, il n’y pas vraiment de points communs.

Ce n’est que dans la seconde partie que des liens se tissent à travers plusieurs générations de femmes d’une même famille -celle d’Emily et de Lottie- qui s’efforcent de survivre malgré les difficultés auxquelles elles sont confrontées. Le passé ressurgit au moment où on ne s’y attend pas forcément. Les lieux, les personnages et les époques s’entremêlent et on finit par s’y perdre un peu. La violence est omniprésente et, si le roman s’ouvre sur l’optimisme suscité par un exploit sportif, il se termine de manière triste et glauque.

Il faut bien l’avouer, les liens entre ces histoires et ces personnages sont très lâches et ne suffisent pas à susciter l’intérêt. A force de vouloir multiplier les intrigues, Colum McCann perd son lecteur. Et ce n’est pas les quelques ponts qu’ils créent de temps en temps qui réussissent à le raccrocher. Transatlantic a d’ailleurs faillit me tomber des mains à plusieurs reprises.

Chronique de Saxaoul

Transatlantic, Colum McCann, Belfond, traduit par Jean-Luc Piningre,ISBN 978 2714450075

Quatrième de couverture :

Après Et que le vaste monde poursuive sa course folle, le grand retour de Colum McCann. S’appuyant sur une construction impressionnante d’ingéniosité et de maîtrise, l’auteur bâtit un pont sur l’Atlantique, entre l’Amérique et l’Irlande, du XIXe siècle à nos jours. Mêlant Histoire et fiction, une fresque vertigineuse, d’une lancinante beauté.

À Dublin, en 1845, Lily Duggan, jeune domestique de dix-sept ans, croise le regard de Frederick Douglass, le Dark Dandy, l’esclave en fuite, le premier à avoir témoigné de l’horreur absolue dans ses Mémoires.
Ce jour-là, Lily comprend qu’elle doit changer de vie et embarque pour le Nouveau Monde, bouleversant ainsi son destin et celui de ses descendantes, sur quatre générations.

À Dublin encore, cent cinquante ans plus tard, Hannah, son arrière-petite-fille, tente de puiser dans l’histoire de ses ancêtres la force de survivre à la perte et à la solitude.

« Voilà tout ce qui intéresse Colum McCann : au coeur de la violence, des vies vécues malgré tout ; ces écheveaux invisibles qui entremêlent lieux, époques et personnages ; cette façon qu’a le passé de resurgir de la manière la plus étrange qui soit. »
Publishers Weekly



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