L’enfant de l’étranger de Hollinghurst

Les vacances sont propices à la lecture alanguie sur un transat au bord de la piscine, aucun doute là-dessus. Mais j’avoue que je préfère tout de même un bon petit roman nerveux à une longue fresque lente, lente … qui n’en finit pas, et donc les tenants et les aboutissants restent vagues même après que l’on a tourné la dernière page du livre. Or L’Enfant de l’étranger est de ce dernier type. Après Le Séducteur qui abordait l’homosexualité dans un vaste melting-pot (il abordait tous les types de sexualité, il me semble) nerveux et jouissif, Hollinghurst tombe dans les travers de certains films ou romans autour des colleges anglais et de l’aristocratie d’Outre-Manche. On sent qu’il a aimé les films de James Ivory (j’ai envie de dire, qui ne les aime pas ! ) et qu’il a essayé d’en rendre l’ambiance et la délicieuse lenteur, mais pour le coup ce n’est pas totalement réussi.

Oh, c’est sûr, on ressent la décomposition de cette upper-class qui perd peu à peu une partie de ses privilèges et de ses maisons. On touche de près aux angoisses de certains homosexuels refoulés qui restent dans un placard qu’ils ont peur de quitter, et on ressent bien l’évolution de la condition des gay au travers du siècle en Grande-Bretagne. Mais enfin, la sensation majoritaire, c’est « bougez-vous bon sang! ».

En plus, Hollinghurst opte pour un procédé qui m’a énormément déplu : au début de chaque partie du roman, on plonge in media res dans une nouvelle époque, sans que l’on sache qui parle, qui écoute, qu’est-ce qui est arrivé aux héros de la partie précédente (on apprend que des personnages principaux sont morts au détour d’une phrase, presque par hasard). Après être entrée confortablement dans les pantoufles de la partie précédente et m’être mine de rien assez attachée aux personnages, ces ruptures brutales m’ont vraiment désorientée et je les ai trouvées très désagréables.

Un problème de rythme, donc, principalement, ou un roman qui aurait gagné à être considérablement raccourci.


Chronique de Reading in the rain

 

L’enfant de l’étranger, Alan Hollinghurst, Albin Michel, traduit par Bernard Turie, ISBN 9782226249739

 

Quatrième de couverture :

« Elle fut déconcertée par la voix de Cecil, une voix qui parut s’approprier très vite et très résolument leur jardin, leur maison et le week-end à venir, une voix nerveuse, prompte, semblait-il, à proclamer qu’elle se moquait de qui l’entendait, une voix dont les intonations étaient teintées en outre d’un brin de moquerie et de la certitude de sa supériorité. »

Tout commence en 1913, dans le jardin d’une maison de campagne anglaise, lorsque le timide George Sawle invite pour le week-end son camarade de Cambridge : l’aristocratique, énigmatique et capricieux Cecil Valance. Ces jours dans la maison familiale et le poème qu’ils inspirent à Cecil vont changer leur destin. Et plus encore celui de Daphné, la jeune sœur de George. En ce printemps où rien n’annonce encore les proches bouleversements de l’Histoire, un pacte se noue secrètement entre ces trois personnages, point de départ d’une fresque saisissante à travers le siècle et les vestiges du temps, par l’un des plus grands romanciers anglais contemporains, Alan Hollinghurst, lauréat du Booker Prize en 2005 pour La Ligne de beauté.

« Hollinghurst mérite incontestablement la place du meilleur romancier anglais contemporain. Éblouissant. » The Guardian

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1 comment on this postSubmit yours
  1. J’approuve totalement cette analyse, ce livre est d’un ennui mortel. Le style est passable (gâché probablement par la médiocre traduction), les relations entre les personnages excessivement complexes, redéfinies à chaque saut historique (mais qui est déjà ce beau-frère du cousin de la femme de John ?). Pour moi c’est un grand mystère (suspect) que tant de critiques en fassent l’éloge. J’en viens à me demander s’ils ont vraiment lu ce livre. Merci en tout cas à « Reading in the train », je me sens moins seul maintenant :-)

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