Haute époque de Jean-Yves Lacroix

Naturellement, je n’aurais probablement pas choisi ce texte dans la rentrée Albin. D’abord, parce que c’est un roman français, un premier roman (puisque le précédent était un récit) et que je crains hautement ces bestioles qui pullulent autour de nous en janvier, les premiers romans français à la première personne du singulier qui décrivent autour de l’ombilic de leurs auteurs des circonvolutions qui sont fort éloignées de mes préoccupations de lectrice, et ensuite parce que ça parle de Guy Debord et que, franchement, la philosophie, la politique, le situationnisme… Ce n’est pas vraiment pas tasse de thé. Pourquoi l’avoir finalement choisi, me direz-vous ? Mais parce qu’on me l’a conseillé, et que je me suis lancée à partir de ce mail qui disait en substance « j’étais pas partie pour aimer, j’ai adoré, il faut le lire, ah, lisez-le ». L’enthousiasme de certaines personnes sonne creux, j’en conviens. Mais ce « lisez-le », tout simple, qui ne cherche pas à vous faire comprendre pourquoi vous allez aimer, pourquoi c’est génial, mais qui vous invite tout simplement à une expérience de lecture dont vous sortirez changé, ce « lisez-le » je ne sais pas y résister. Donc je l’ai lu.

Arrivée à ce moment-là vous ne savez pas bien si j’ai aimé ou pas, et en fait moi non plus. Enfin, si, je sais, j’ai beaucoup aimé, mais je crois que j’ai envie de juste vous dire « lisez-le » parce que je ne sais pas bien pourquoi j’ai aimé. Certaines choses m’ont agacée, entre autres dans la description du monde de la librairie d’ancien mais c’est une simple querelle, comme toujours, des anciens et des nouveaux, d’autres m’ont enthousiasmée, je n’ai probablement pas tout compris mais j’ai suivi le personnage avec une fascination certaine, j’en ai appris un peu plus sur Guy Debord, j’ai peut-être compris un peu plus la fascination de certains pour les autographes et les exemplaires anciens. C’est pas mal, pour un si petit bouquin …

 

Chronique de Reading in the Rain

 

Haute époque, Jean-Yves Lacroix, Albin Michel, ISBN 978-2226249807

 

Quatrième de couverture :

 

Jean-Yves Lacroix raconte comment il a rencontré Guy Debord une unique fois, dans une cellule de dégrisement, en 1994 : or, il se trouve que c était la veille du suicide de celui-ci. Hanté par cette conversation, le narrateur cherche à en savoir plus sur cet écrivain mystérieux, qui fait figure de gourou pour certains, de fumiste pour d autres. Peu à peu, il devient familier de son univers, de ses proches, et se transforme en une sorte d avatar de Guy Debord : soucieux de grand style, mais régulièrement sous le coup de l alcool – rêvant de révolution, mais contraint à devenir un « marchand ».
Portrait de Guy Debord, dans sa vie et son uvre, ce livre est aussi bien un autoportrait. L auteur se décrit sans complaisance – avec humour néanmoins -, et fait de cet exercice à la barre, comme l on dit en danse, un exercice de critique dévastateur : une lecture débordienne de son idole, mais aussi de lui-même. Un jeu de miroir fascinant.

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  1. «On pouvait s’attendre à un livre enjoué racontant les aventures éthyliques de l’auteur et de Guy Debord (décidément à la mode depuis cette grande exposition à la BnF !) mais non, ici rien de drolatique ni de vivant. L’auteur nous raconte avec complaisance ses bonnes affaires de marchand de livres anciens, les turpitudes de son métier et ses cures de désintoxication alcoolique. Pas de quoi intéresser le lecteur à moins qu’il ne se passionne pour des cancans bien parisiens et de très petits riens. Cette « Haute époque » est décidément bien minuscule ! »
    Voilà le commentaire que l’on peut lire sur le site Amazon.fr, et j’y souscris bien volontiers. J’ajouterai que l’auteur donne de lui un portrait antipathique (il crache dans la soupe qui l’a nourri) et qu’il exhibe une tendance suicidaire toujours remise à demain qui ne cesse d’être ridicule et théâtrale.

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