Haute époque de Jean-Yves Lacroix

Jean-Yves Lacroix aime les biographies originales. Il y distille des détails savoureux et signifiants (le cure-dent d’Omar khayyam précédemment) comme pour mieux gratter et digérer l’époque.

Libraire, traducteur, marchand de livres rares, il s’empare cette fois de la figure internationale situationniste Guy Debord, qui selon lui, ressemblait à Coluche, à moins que ce ne soit à lui-même?

La réponse est naturellement dans ce roman.

Sous forme d’enquête, les documents collectés par notre héros-libraire, enrichis de photographies chèrement négociées, tissent un portrait de Guy Debord, longtemps difficile à cerner, mais dont l’importance n’a cessé de se renforcer. Cette approche biographique d’un personnage d’une autre – haute – époque est une prouesse. Au fil des années, les trouvailles bienheureuses et rencontres prudentes taillent un portrait entre mythe et réalité. Elles redéfinissent lentement le personnage dont les derniers témoins gardent farouchement la mémoire. L’établissement d’un catalogue raisonné de l’œuvre et les anecdotes savoureuses, nourrissent régulièrement d’humour et de surréalisme notre curiosité. Admirations, piques, qualités d’analyses établissent la vérité et révisent la légende, on s’en amuse beaucoup. Le mythe côtoyait le génie, l’homme vivait dans l’alcoolisme et ce livre chemine jusqu’à convaincre. L’originalité du ton et des point de vue précisent également un moment culturel fort du 20ème siècle.

« Haute époque » est finalement à l’image du situationnisme, un moment cultivé, qui se veut libre de toute contrainte, et qui dit l’essentiel révolutionnaire entre sérieux et humour. Debord voulait « changer le monde » et la société est toujours de « spectacle », mais il est toujours temps de lire ce roman.

Chronique de Christiane Miège

Haute époque, Jean-Yves Lacroix, Albin Michel , ISBN 9782226249807

Quatrième de couverture :

«Guy Debord se targuait d’une ressemblance physique avec l’acteur Philippe Noiret, mais cette nuit-là, c’est à Coluche que j’ai pensé. »

À la suite d’une arrestation pour conduite en état d’ébriété, un libraire se retrouve enfermé avec Guy Debord, le célèbre mais mystérieux philosophe, qui pourrait être son double. Obsédé par le personnage, il s’engage dans une curieuse enquête qui va changer sa vie. Et si c’était en fait le secret de sa propre existence qu’il révélait entraquant celui de son modèle ? Drôle, alerte et brillant, ce premier roman de Jean-Yves Lacroix, traducteur de Melville, E.E. Cummings ou William Blake, se situe à cet instant même où le mythe du grand écrivain cède à la vérité de l’homme. Sexe, drogue et subversion mélancolique : mieux qu’un portrait imaginaire de Guy Debord, un autoportrait sans retouches.

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