La voix impitoyable de Lilian Auzas

Le premier roman de Lilian Auzas « Leni Riffenstal » explorait les racines du mal à l’époque du nazisme, le deuxième poursuit l’entreprise et nous présente une autre femme allemande, mais inconnue cette fois. Hanja a traversé la même période historique non sans « mal ».

Depuis, « la voix impitoyable » taraude sa conscience : « elle n’est pas quelqu’un de bien ».

Après sa mort brutale et inexpliquée, le jeune photographe Gauthier, entre curiosité et appréhension, cherche à percer le secret de son amie. Le récit sautille de lieux en dates, explore des documents, des confessions et le passé de Hanja, et maintient le lecteur dans une attente qui malheureusement se perd dans les ficelles de la narration. Certes l’auteur développe avec méthode et rationalité sa progression vers la vérité, mais ses doutes et ses angoisses répétitives parasitent la conscience du lecteur. On a l’impression de lire un projet de roman, tant Lilian Auzas synthétise et découpe sa narration. Son penchant pour l’explication exhaustive alourdit la lecture au détriment du suspens et de sa finesse d’analyse. En exemple le trop long extrait de « La bête de la caverne » de Lovecraft qui aurait plus de raison d’être dans un essais que dans une œuvre littéraire.

Autant Lilian Auzas se révélait un habile biographe en maîtrisant les développements psychologiques et l’évolution historique de sa première héroïne, autant avec ce deuxième volet, son imaginaire peine à sortir des rails de la rationalité. Son travail de recherche rigoureux et la figure emblématique de l’artiste Leni portaient son premier roman. Ici le choix d’une narration en forme d’enquête aux démêlés psychologiques pourtant finement résumés, pâtissent finalement de trop d’intentions et démonstrations.

Chronique de Christiane Miège

La voix impitoyable, Lilian Auzas, Léo Scheer éditions, ISBN 978-2756104256

Quatrième de couverture :

En miroir de Riefenstahl, La Voix impitoyable est le deuxième volet d’un diptyque consacré à la Deuxième guerre mondiale, du point de vue non pas des victimes, mais des bourreaux.
Qu’a pu faire Hanja Sauber, lorsqu’elle vivait à Berlin pendant la guerre, pour être à ce point rongée par la culpabilité et répéter inlassablement : « Je ne suis pas quelqu’un de bien » ? C’est ce que va tenter de découvrir son jeune voisin et ami, le photographe Gautier Maigné, à partir d’une cassette audio incomplète que lui confie le psychanalyste d’Hanja et d’une lettre que celle-ci lui a confié juste avant de mettre fin à ses jours.
Lilian Auzas reconstitue avec intelligence et subtilité cette période charnière qui a marqué l’histoire européenne du XXe siècle. Dans La Voix impitoyable, il met en lumière le Berlin de la Deuxième guerre mondiale, mais aussi celui des années qui ont précédé la chute du mur, puisque le récit se déroule entre Paris et Berlin au début des années 80.
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