Le silence de Perlmann de Pascal Mercier

A l’initiative d’une firme italienne, Philipp Perlmann, linguiste allemand de réputation mondiale, réunit un groupe de confrères pour une série de conférences sur le rapport entre le langage et la mémoire. Le cadre est idyllique : la baie de Gênes, un hôtel de luxe, des températures clémentes. Mais Perlmann va mal. Déstabilisé par le décès accidentel de son épouse, en proie à une crise existentielle, il peine à s’intéresser à son travail et ne réussit plus à écrire. Pourtant, il va lui falloir présenter le fruit de ses réflexions devant ses collègues. Le temps passe, l’échéance approche et Perlmann sombre dans l’inertie et la dépression. Au lieu de s’atteler à la tache, il passe ses journées dans une trattoria à lire une chronique du siècle ou dans sa chambre à traduire le texte d’un confrère russe, bloqué à Saint-Petersbourg sans visa. Il voudrait fuir, ou même se tuer, tout plutôt que d’avouer aux autres que l’éminent Philipp Perlmann est incapable d’écrire. La solution viendra du russe absent : faire passer le texte de Leskov pour le sien, commettre un plagiat dont nul ne saura rien et qui lui permettra de sauver la face.

 

Bienvenue dans la baie de Gênes, petit paradis terrestre où tout n’est que luxe, calme et volupté. C’est pourtant dans ce lieu propice à la réflexion que Philipp Perlmann va connaitre une terrible descente aux enfers. Tandis que ses confrères s’épanouissent, échangent et jubilent à l’idée de se titiller au sujet de leurs travaux, lui erre comme une âme en peine et élabore de multiples stratégies pour ne pas être pris en défaut par ces spécialistes toujours prêts à se gausser d’une théorie mal étayée. Enferré dans sa traduction russe, langue qu’il ne maîtrise pas suffisamment à son goût, ses réflexions le ramènent vers son passé, récent avec la mort de sa femme, et plus lointain avec sa carrière de pianiste avortée. Outre la description plutôt cynique de ces universitaires imbus d’eux-mêmes, c’est surtout la chute de Perlmann qui a perdu la foi, la passion qui donne toute la puissance à ce récit parfois un peu longuet. Mais avec lui, on sent toute l’angoisse de cet homme désemparé et peu sûr de lui. D’une banale panne d’inspiration, il fait une montagne insurmontable et frôle la folie pour s’en sortir. Par moment, il peut paraître ridicule mais l’empathie se crée peu à peu et la tension monte à mesure que lui s’enfonce dans un gouffre sans fond.

Un livre assez difficile, surtout quand l’auteur s’appesantit sur les sciences du langage et les subtilités du travail de traducteur, mais qui, une fois qu’on est pris dans l’engrenage, s’avère passionnant et très prenant. Une pointe d’humour n’aurait pas nui dans cette ambiance torturée et paranoïaque mais on ne peut pas tout avoir. 

 

Chronique de Sandrine F

 

Le silence de Perlmann, Pascal Mercier, Buchet Chastel, ISBN 978-2-35580-026-9

 

 

 

Quatrième de couverture :

Philipp Perlmann, éminent linguiste allemand, réunit, à l’invitation d’un sponsor, quelques spécialistes internationaux des sciences du langage pour réfléchir aux articulations du récit et de la mémoire : La mémoire existe-t-elle indépendamment du récit que nous nous en faisons ?

Cette réunion est, pour Perlmann, un calvaire. En pleine crise psychologique et existentielle après la mort accidentelle de sa femme, il doute de ses capacités intellectuelles, de ses compétences, de son aptitude à vivre. En un mot, il n’a rien à dire à ses collègues dont la seule présence l’angoisse. Son unique refuge est le silence.

Pour faire face à la situation, il ne reculera ni devant le plagiat ni devant le mensonge, envisagera même le meurtre ou – pourquoi pas – le suicide.

Entre thriller et monologue intérieur, Le Silence de Perlmann, paru en 1997 en Allemagne, est le premier roman de Pascal Mercier, l’auteur du célèbreTrain de nuit pour Lisbonne.

 



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