L’université de Rebibbia de Goliarda Sapienza

Bon, j’avais un peu peur, quand même. Parce que le dernier bouquin de Sapienza, même si intellectuellement je l’ai beaucoup aimé, que j’en ai adoré comme toujours l’écriture et la puissance d’évocation, je dois tout de même avouer que je l’ai plus aimé avec le cerveau qu’avec les tripes, et que je n’ai pas été du tout un petit garçon manqué qui se prend pour Jean Gabin. Pour, partant là-dedans, je n’ai pas non plus été en prison, hein, mais je ne sais pas, cette Université de Rebibbia, elle m’a tourneboulée.

Au début, je pensais que ça parlait d’une université au sens scolaire du terme, et que j’allais en apprendre plus sur les études de Goliarda Sapienza, j’étais modérément enthousiaste mais bon j’aime son écriture, j’aime son éditeur, ça se tente. Je n’avais bien entendu pas lu la quatrième de couverture, voyons, la quat’de couv’ c’est pour les faibles, moi je suis forte, je ne la lis pas, je découvre le roman en le lisant (et j’ai des surprises, hahaha). Du coup, forcément, en lisant, je me suis rendue compte que Rebibbia c’est une prison pour femmes dans laquelle Sapienza a été incarcérée pour un vol. Sur les premières pages, je me suis dit « ah zut ça va être glauque, elle toute seule dans une petite cellule sombre, mais en fait elle n’y reste pas et on découvre le monde de cette prison et l’incroyable vitalité qui y règne, la solidarité, les histoires de femmes qui s’y déroulent…

C’est un roman superbe, un hymne aux femmes et, surtout, un hymne à la vie. Ne le ratez pas.

 

Chronique de Reading in the rain

 

L’université de Rebibbia, Goliarda Sapienza,  Attila, ISBN 978-2-37055-002-6

 

Quatrième de couverture :

L’Université de Rebibbia est le récit du séjour que fit Goliarda Sapienza dans
une prison en 1980. Moment critique dans la vie de l’auteur: après s’être consacrée
de 1967 à 1976 à l’écriture du monumental roman L’Art de la joie et avoir fait face
à un refus général des éditeurs italiens, c’est une femme moralement épuisée qui intègre l’univers carcéral de Rebibbia, la plus grande prison de femmes du pays. Pour un vol de bijoux qu’il est difficile d’interpréter : aveu de dénuement ? Acte de désespoir ? N’importe. Comme un pied de nez fait au destin, Goliarda va transformer cette expérience de l’enfermement en un moment de liberté, une leçon de vie. Elle, l’intellectuelle, la femme mûre, redécouvre en prison – auprès de prostituées, de voleuses, de junkies et de jeunes révolutionnaires – ce qui l’a guidée et sauvée toute sa vie durant : le désir éperdu du monde.

L’Université de Rebibbia est un nouveau tour de force dans l’œuvre d’une femme au parcours décidément hors norme. Il fut immédiatement perçu comme un texte important en Italie. Publié par la prestigieuse maison d’édition Rizzoli, le livre fut accueilli avec enthousiasme par la critique et le public. On découvrait avec étonnement une écrivaine déjà âgée, partageant avec drôlerie et férocité son expérience d’une prison qui, pour reprendre ses mots, « a toujours été et sera toujours la fièvre qui révèle la maladie du corps social ».

Ironie de l’histoire, L’Université de Rebibbia deviendra ainsi le premier succès de Goliarda Sapienza. Et son dernier. Malgré les bonnes ventes du livre, Rizzoli maintint son refus de publier L’Art de la joie, condamnant encore pour plusieurs années ce texte à l’obscurité d’un tiroir.



une petite faim de culture ? inscrivez vous à la newsletter
Share This
WordPress Video Lightbox Plugin