Art negre de Bruno Tessarach

En plein marasme, un écrivain déprimé mais sauvé pas son humour, accepte de devenir nègre tout en se promettant de rester romancier. « Face à moi se profilait un carrefour : continuer à ne pas écrire pour moi ou me mettre à écrire pour un autre ». Sans concession pour décrire sa nouvelle orientation, Bruno Tessarech dresse une galerie caustique de portraits bien loin du mythe et du lifting des différents auteurs dont il « réinvente » le parcours. Tout en croyant au grand livre, son nouveau gagne-pain ne manque pas d’application, de courage et d’humour. Les passages où il écorne le nouveau roman ou Marguerite Duras sont jubilatoires, ainsi que le mauvais sort qui s’acharne sur la publication ou le succès de ses premières tentatives. Entre résignation et absurde, son brio et sa modestie payeront. Finalement vient le succès, qui donne un autre sens à ses choix premiers. « Pourquoi inventer des situations et des personnages? Les modèles se tenaient devant moi, plus vrais que nature. en somme, depuis que j’étais devenu nègre, j’avais déserté l’atelier pour peindre sur le motif ». Et le sujet du livre est là. Finalement parvenu à réunir le romancier et le nègre, l’imaginaire et le réel, quelle différence à rendre un personnage crédible, ou à faire de son client client un « personnage »? Sans honte, écrire c’est écrire, nous convainc Bruno Tessarech. Homme vrai ou faux, reste l’histoire ; écrivain ou nègre, l’auteur demeure serviteur et prisonnier des mots. Mais qu’en est-il vraiment ? Entre un portrait savoureux de son ami et célèbre acteur Jean, et une pépite en forme d’éclat de rire, (mais pour cela il faut lire ma critique jusqu’ici et surtout le roman jusqu’au deuxième paragraphe d’une certaine page), le lecteur ne s’ennuiera pas. Hélas l’argent, le bonheur, la réussite rendent la vie ennuyeuse à l’auteur stérile. Le romancier un moment abusé par le nègre recherche de plus en plus le fameux aura, et rejoint le héros de son futur roman – enfin entamé – errant métaphoriquement dans les aéroports. La morale de cette histoire sortira de la bouche de l’ami Jean par un inéluctable et définitif éloge au désordre, à l’art et à la magie.

 

Chronique de Christiane Miège 

 

Art nègre, Bruno Tessarach, Buchet Chastel, ISBN 978-2-283-02630-4

Quatrième de couverture :

Hésitant, velléitaire, perdu, Louis ne parvient plus à écrire. Même sa compagne aimante, Olivia, a déserté le champ de ruines qu’est devenue son existence.

Un beau jour, un vieux copain éditeur lui propose de rédiger les mémoires d’une célébrité. Il faut bien gagner sa vie, Louis accepte donc…

Dans la veine de La Femme de l’analyste, Bruno Tessarech signe un nouveau roman, autobiographique et drôle, sur l’écriture – ses vérités et ses mensonges.



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