La claire fontaine de David Bosc

Courbet affirma, dans une lettre aux journaux lors d’un scandale autour d’un exposition de ses peintures, « être l’élève de la nature et n’avoir jamais eu de maître ».

Sur le mur de son atelier parisien, une règle s’affichait :

« fais ce que tu vois et ce que tu ressens, fais ce que tu veux. »

Toute sa vie parla en ce sens et les dernières années que décrit ce roman le réaffirment avec force. David Bosc rend un vibrant hommage à ce maître incontestable de la peinture moderne. Tous deux partagent une communion réaliste et poétique avec la nature et ruissèle de cette « claire fontaine » toute la liberté que Courbet but jusqu’à à la lie, durant ses dernières années helvétiques passées à Bon-Port, du nom de sa maison sur les rives du Léman.

Le roman revient sur le passé du peintre au sommet de sa gloire, et glorifie le libertaire qui ne pouvait que fuir devant l’obligation exorbitante de payer la reconstruction de la colonne Vendôme, détruite rappelons-le, sous son autorité par la Commune.

Ruiné, dépossédé de ses œuvres, il vécut encore pleinement cinq années, à peindre, sculpter, s’intégrer socialement dans tous les milieux, et jouir avec excès. Les dernières années à la Tour-de-Peilz incarnent l’hallali d’un cerf, roi de la nature, les jouissances d’un homme irréductible, avec ses humeurs démesurées nourries d’espoir et de combativité. Bien loin d’une simple biographie, le texte emporte comme une vague, l’origine du monde, la clarté moelleuse des chairs et la pénombre râpeuse des sous bois.

Ce récit éblouissant parcours la nature comme Courbet peignait ses paysages de mer et de terre. D’un réalisme puissant et par touches sensibles, le style classique de David Bosc emporte avec lyrisme et modernité le lecteur. Imprégnés des tableaux de Courbet, s’appuyant une sérieuse documentation, citant les amis poètes, l’auteur restitue cette nouvelle vie, loin de la lumière de Paris, désormais éprouvante pour le corps et l’esprit, et tout de même naturelle et dévorante.

La Suisse, avec son lac, sa société tranquille, permirent à Courbet, en un dernier refuge, de peindre, aimer encore et vivre pleinement jusqu’à l’épuisement. 

Chronique rédigée par Christiane Miège

La claire fontaine, David Bosc, éditions Verdier ,  ISBN : 978-2-86432-726-4

Quatrième de couverture :

L’homme qui venait de franchir la frontière, ce 23 juillet 1873, était un homme mort et la police n’en savait rien. Mort aux menaces, aux chantages, aux manigances. Un homme mort qui allait faire l’amour avant huit jours.
En exil en Suisse, Gustave Courbet s’est adonné aux plus grands plaisirs de sa vie : il a peint, il a fait la noce, il s’est baigné dans les rivières et dans les lacs. On s’émerveille de la liberté de ce corps dont le sillage dénoue les ruelles du bourg, de ce gros ventre qui ouvre lentement les eaux, les vallons, les bois.
Quand il peignait, Courbet plongeait son visage dans la nature, les yeux, les lèvres, le nez, les deux mains, au risque de s’égarer, au risque surtout d’être ébloui, soulevé, délivré de lui-même.
De quel secret rayonnent les années à La Tour-de-Peilz, sur le bord du Léman, ces quatre années que les spécialistes expédient d’ordinaire en deux phrases sévères : Courbet ne peint plus rien de bon et se tue à force de boire ?
Ce secret, éprouvé au feu de la Commune de Paris, c’est la joie contagieuse de l’homme qui se gouverne lui-même.



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