La guerre des nains de Danielle Thiéry

En temps normal, je pratique le polar à dose homéopathique. Nulle condescendance de ma part, je reconnais les talents de conteur de Pierre Lemaître (ah ! « Robe de marié » !), je me pâme devant l’œuvre du regretté Thierry Jonquet et ne crache pas, à l’occasion, sur le divertissement que procurent les histoires d’un Peter James par exemple, mais bon, disons que je fais mon difficile, je chipote. Et malheureusement, ce n’est pas « La Guerre des nains » qui va m’inciter à changer de position.

Je n’avais jamais rien lu de Danielle Thiéry, dont j’ai l’habitude d’apercevoir la couverture du roman « Des Clous dans le cœur » (prix du Quai des orfèvres 2013) chez mes libraires favoris. « La Guerre des nains », pour sa part, est la réédition d’un texte paru pour la première fois en 1997, ce qui vaut au lecteur de savoureux anachronismes (la clope est légion dans les lieux publics, le téléphone mobile aussi crédible que les soucoupes volantes, etc.). Mais là n’est pas le problème. Le problème, c’est l’accumulation de poncifs que véhicule le roman au point de friser la caricature.

Prenons le cas de l’inspecteur divisionnaire Marc Le Guénec, en charge de résoudre une double affaire (fourgon braqué et collègues flingués d’un côté, disparition d’un jeune homme de l’autre) : comme de bien entendu Le Guénec est un buveur invétéré, accro aux Gitanes filtre, comme de bien entendu il traîne derrière lui de lourds malheurs (la mort de sa femme et de son fils dans un accident de voiture), comme de bien entendu il se donne corps et âme à l’exercice de son devoir en vieux flic usé, maussade, mais intègre, forcément intègre… Que de clichés ! Le genre de personnage que l’on a l’impression d’avoir déjà croisé à mille reprises !

Quoique tarabiscotée (je vous laisse jeter un œil sur la quatrième de couverture), l’intrigue tient pourtant la route. Mais à mon humble avis, Danielle Thiéry tarde à faire monter la sauce et rate les rendez-vous avec chacun de ses personnages, trop nombreux – exception faite de Le Guénec, construction et psychologie ne sont qu’effleurées. Il en résulte une indifférence grandissante à l’égard d’un récit dont même le dénouement déçoit ; au lieu d’en percer les mystères l’un après l’autre en mode crescendo, Danielle Thiéry déroule sa pelote d’un coup d’un seul, en sorte qu’en refermant le livre (dont le happy end exhale l’eau de rose à plein nez) je n’ai eu qu’une pensée : tout ça pour ça…

Chronique rédigée par Pierre Théobald

La Guerre des nains, Danielle Thiéry, Editions Belfond, ISBN 978-2714435675,  282 pages, 16 euros.

Quatrième de couverture

Un ado s’écroule en pleine partie de paint-ball. Ses copains voudraient croire que le jeu continue… mais non, le blessé ne fait pas semblant. Et, le temps d’aller chercher du secours, plus personne : on l’a enlevé. Parce que la bande a été témoin d’un trafic qui la dépasse, la voilà mêlée à des combines glauques entre leaders islamistes, policiers véreux, et un couple qui se la joue Bonnie & Clyde.

A la lisière du périphérique, ces univers se croisent et tissent une toile irrespirable. Ultraviolence, amour à mort et profonde humanité : un cocktail vibrant et explosif. Paru pour la première fois en 1997, ce polar éclaire sans tabou les tensions de la société française au tournant des années 2000.

Auteur de scénarios, de documentaires et de polars à succès, Danielle Thiéry connaît le milieu policier de l’intérieur. Première femme de la police française à avoir accédé au grade de commissaire divisionnaire, Danielle Thiéry a fait une brillante carrière en ne cessant de militer pour un engagement actif de la police dans la société.



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