La ruche d’ Arthur Loustalot

La ruche d’ Arthur Loustalot

Ce roman est un huis-clos entre trois jeunes filles, Marion, Claire et Louise et leur mère, Alice. Celle-ci n’a pas supporté le départ de son mari et sombre de jour en jour. Pendant ce temps, les trois filles s’isolent dans l’appartement et se souviennent…

Arthur Loustalot a su créer dans son roman une atmosphère intime. Seulement quatre personnages présents évoluent dans cette histoire, dans cet appartement, comme des abeilles dans une ruche. Le cinquième personnage est absent et c’est justement son absence qui fait toute l’intrigue, il s’agit du père. La construction des personnages est fine et subtile, l’auteur ne tombe pas dans la facilité du manichéisme : Alice, la mère, nous apparait au départ comme complètement dérangée mais petit à petit, on apprend que son histoire a fait ce qu’elle est aujourd’hui. Les filles ont, elles aussi, une personnalité complexe et ne sont parfois pas épargnées par l’auteur.

Ce qui fait l’originalité de ce roman est sans conteste le style d’écriture. Les phrases sont hachées et même s’il s’agit d’un huis clos, j’ai eu l’impression à la lecture d’une grande agitation, un peu comme si les personnages étaient cinq abeilles enfermées dans une ruche. Les personnages se coupent la parole, s’énervent parfois, on fume et on boit beaucoup dans ce roman, sans doute pour calmer une grande nervosité intérieure. La ponctuation des dialogues est étrange, elle est floue et l’on ne sait pas toujours qui parle. Ce procédé m’a donné l’impression d’écouter les conversations derrière la porte et de ne pas toujours reconnaître les voix. Arthur Loustalot nous place en position de voyeur ce qui peut nous mettre mal à l’aise par moment. Quand l’une des filles a l’impression que quelqu’un les écoute, on pense bien sûr à Alice, la mère, mais ne parlerait-elle pas aussi de nous ? Petit à petit, la tension grandit et se fait de plus en plus palpable. Il ne se passe pas grand-chose, l’intrigue se résume facilement mais tout l’intérêt réside dans l’atmosphère créée par l’auteur. Sans révéler la fin sous peine de gâcher le plaisir des lecteurs, on peut dire qu’elle constitue le point d’orgue du roman, la tension atteint son point culminant et l’on referme le livre avec une sensation étrange.

Cette lecture est très particulière, elle m’a parfois mise mal à l’aise. Je pense qu’il s’agit d’une volonté de l’auteur qui a donc parfaitement atteint son but. Ce roman ne peut que nous intriguer en nous immergeant dans cet appartement à l’atmosphère étouffante. J’ai apprécié cette lecture pour l’originalité de son écriture, il faut avoir beaucoup de talent pour pouvoir créer de telles atmosphères. J’émettrais toutefois une petite réserve : je ne suis pas sûre que ce livre convienne à tous les lecteurs car il est très sombre.

Voici un extrait situé au début de l’œuvre dans lequel on peut percevoir un certain flou dans les dialogues et un début de tension entre la mère et ses filles :

« Alice a traversé le couloir, appuyé plusieurs fois sur la poignée et sans attendre, s’est rendue dans la salle de bains. Oui, elle entend – oui ? Elle fait couler l’eau du lavabo et visse le bouchon du dentifrice. Oui maman ? Elle ne répond pas, la serrure de la chambre de Claire est déverrouillée, la porte de la salle de bain s’ouvre. Alice n’aime pas que les filles s’enferment à clé. Dans la salle de bains, Louise demande : qu’est-ce qu’il y a ? Alice coupe l’eau du robinet. Je dois toujours reboucher les dentifrices. Elle recoiffe sa frange devant le miroir. A votre âge. Elle frôle Louise et replace les serviettes sur le portant. Pourquoi vous ne rebouchez – maman. Louise replace la mèche blonde qui lui couvre le front et se frotte les yeux derrière ses lunettes. Puis elle prend son bac à lentille sur la machine à laver. Alice se retourne – dans la chambre, Claire et Marion se mettent à rire. »

Chronique d’ Awa de Madame Bouquine

La ruche, Arthur Loustalot, Jean Claude Lattès , ISBN 978-2709644747

Quatrième de couverture :

« Dans la cuisine, assises à la table, les sœurs boivent des bières et du whisky. Un nuage de fumée les entoure – cigarette sur cigarette. Le rideau est tiré et dehors, la rue est silencieuse.
Vous vous souvenez de leurs disputes ? demande Claire.
Oui, on se souvient. Louise jette son mégot dans un cadavre de bière.
Mais vous vous souvenez de ce que ça nous faisait ? Claire insiste.
Cette violence ? dit Marion.
Et ce que ça a laissé en nous, chuchote Claire.
Vous vous souvenez de la première fois où papa est parti ? répète Marion. Vous étiez toutes petites, peut-être quatre et cinq ans.
Je me souviens, dit Louise.
Je me souviens, dit Claire. Ce que je n’arrive pas à voir, c’est l’écart entre ce qu’on a vécu et nos blessures. Bien avant leur rupture, tout était là, d’une manière ou d’une autre, et pourtant…
On ne sait rien de ce qu’on a vécu. »

De l’appartement, le ciel n’est pas visible. Les portes sont ouvertes ou closes selon des règles tacites. Les mots circulent, vibrent et s’épuisent. Les murs de carton filtrent à peine les secrets.
Depuis le départ de son mari, Alice a sombré dans l’enfer le plus noir.

Marion, Claire et Louise, ses trois filles adorées, n’ont plus que leur amour à opposer à cette spirale destructrice. Un amour infini, aussi violent qu’indicible.



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