Le soleil à mes pieds de Delphine Bertholon

Quand on a une sœur, on n’est plus jamais seule.

Roman après roman, Delphine Bertholon s’affirme comme un auteur de talent. Après Twist, L’Effet Larsen et Grâce (qui a obtenu le prix Confidentielles 2012), elle nous propose, pour cette rentrée littéraire, un roman déroutant au titre de prime abord énigmatique : Le Soleil à mes pieds.

Deux sœurs, dont le nom n’est dévoilé que dans les dernières pages, sont les personnages de cette histoire : La Petite, dont la narration adopte le point de vue, se protège du monde en sortant le moins possible de sa chambre de bonne qu’elle passe son temps à nettoyer ; la Grande, perverse et malsaine, la tyrannise. Un lien étrange de domination, né d’une tragédie, les unit, semble-t-il de manière irrévocable…

Ce roman se lit d’une traite : à la fois court et extrêmement dense, parfois étouffant, d’autres fois plus gai et léger, il crée un sentiment d’urgence. L’écriture de Delphine Bertholon parvient parfaitement à rendre le caractère malsain et angoissant de la relation entre les deux sœurs, où pulsion de vie et pulsion de mort s’entrecroisent sans qu’on sache toujours où les situer, les deux sœurs les incarnant tour à tour. Une relation de domination inquiétante, dans laquelle on a l’impression que l’une ne peut exister que dans l’anéantissement de l’autre. Le nœud, l’événement fondateur, c’est la tragédie qui les a frappées lorsqu’elles étaient encore enfants, en pleine construction, et qui a fait d’elles les héroïnes d’un fait divers sordide : dès lors elles ont pris des chemins différents pour survivre à l’insurmontable, mais cela, on ne l’apprend que petit à petit, touche par touche, ne mettant que progressivement le doigt sur le drame qui va conditionner toute la suite. Pourtant, ce roman n’est ni glauque, ni pessimiste : toute sa force est de montrer que les choses, si elles paraissent a priori immuables, ne le sont pas. Il suffit d’un rien, d’une rencontre, d’une paire de sandales dorées, d’un sourire, pour que tout bouge et reprenne place, comme cela aurait dû être : avec beaucoup de poésie, l’auteure nous donne à voir une résurrection, une renaissance même, tissée de symboles et de métaphores, qui sonnent étonnamment juste.

Un très beau roman, très touchant, extrêmement bien écrit, qui explore avec beaucoup de subtilité ce qui semble être un des thèmes de prédilection de l’auteur, la famille. Un roman qui pourrait être sombre, mais qui justement parce qu’il a sa part d’ombre permet de mieux faire briller le soleil. Un roman à ne pas manquer !

Chronique de l’Irrégulière

Le soleil à mes pieds, Delphine Bertholon, Lattès, ISBN : 9782709631082

Quatrième de couverture :

Il y a la petite, 22 ans, un âge comme deux cygnes posés sur un lac. Fragile et ravissante, elle peine à se jeter dans le grand monde et se réfugie dans la solitude de son appartement.
La grande, 24 ans, s’agite dans la ville : nymphomane, tyrannique et machiavélique, fascinée par la mort, elle se nourrit de la dépendance affective qu’elle impose à sa cadette.
Deux sœurs qui ont grandi avec un terrible secret et qui, dix-huit ans plus tard, se démènent pour tenter d’exister.
Le sort semblait avoir scellé leur destin, mais les rencontres quelquefois peuvent rebattre les cartes.

le soleil à mes pieds est, avant tout, l’histoire d’une résurrection.

L’auteur

Delphine Bertholon est l’auteur de Twist, de L’Effet Larsen et du très remarqué Grâce, tous trois parus chez Lattès.



une petite faim de culture ? inscrivez vous à la newsletter
Share This
WordPress Video Lightbox Plugin