Le tennis est un sport romantique d’Arnaud Friedmann

L’auteur/ une lectrice, tournoi de Septembre 2013 de Chroniques de la Rentrée Littéraire : 7-5 / 4-6 / 6-3

Balle de match…

Au terme d’une lecture sans accrocs, avec de belles balles et quelques ralentissements dans l’énergie du jeu, je livre quelques secrets en coulisse sur le déroulement de cette finale entre un auteur – jeune – mais déjà classé avec, entre autre, deux romans précédemment publiés et une inconnue des classements.

 

Pour la petite histoire du plus connu des deux compétiteurs, je ne vois rien de tel qu’une visite de son site, fort bien fait et qui nous donne l’essentiel des informations avec des clichés en noir et blanc en forme de publicité pour « jeune auteur qui grimpe dans l’échelle de la popularité ». Plus Wilander que McEnroe…mais, bref, le site est agréable et se regarde, se consulte sans rechigner. Puisque j’ai normalement dû réussir à attiser votre curiosité, c’est ici : http://www.arnaud-friedmann.fr

Et j’avoue qu’un auteur qui aime l’Italie, qui s’en nourrit et qui travaille chez Pôle Emploi ne peut que rencontrer une certaine forme d’empathie de ma part pour allier ces deux « extrêmes » dans un fort beau paysage. Mais, vraiment, allez plutôt jeter un œil du côté du site…

Des publications : Le Chemin au bord de la mer, éditions Gunten, 2003, La Mélodie Préférée, éditions Gunten, 2004, Le Fils de l’Idole, éditions de la Martinière, 2005, Jeanne en Juillet, éditions de la Boucle, 2010, Grâce à Gabriel, éditions de la Boucle, 2012 et des récompenses qui placent déjà Arnaud Friedmann en bonne place au classement ATP ( charge à vous, lecteurs amateurs ou professionnels d’imaginer ce qui se cache derrière ce sigle…), des récompenses disais-je : le Prix de la Ville de Lunéville en novembre 2012 pour Grâce à Gabriel, le Prix France Bleu du Livre Franc-Comtois en septembre 2012, le Prix de la Ville de Lunéville en décembre 2011 pour Jeanne en Juillet et des parutions en guise d’entrée en matière.

 

Et, voici, qu’au détour de la liste d’ouvrages proposés par Chroniques de la Rentrée Littéraire, je navigue entre plusieurs nouveautés, j’hésite et finalement, porte mon choix sur le dernier roman d’Arnaud Friedmann tout d’abord en raison de son titre étrange : Le tennis est un sport romantique. Que pouvait donc avoir de si « romantique » cet échange de balles entre joueurs courant, sautant, en avant, en arrière, en déplacements latéraux, au filet ou en fond de cour, jurant, ahanant, s’extasiant et prenant parfois leur raquette pour la guitare d’un « guitar héro »… ? Pour le savoir, il faut disputer ce match avec un roman découpé en plus d’une trentaine de courts chapitres dont la plupart des intitulés sont tennistiques, politiques sous la forme : « 10 juin 1984 Lendl bat McEnroe 3-6 2-6 6-4 7-5 7-5 » ou « 8 mai 1988 Mitterrand bat Chirac 54,02-45,98 » ; une simple date surgit parfois. Alors à quoi avais-je à faire ? Un historique de batailles autour d’un petite balle jaune sur terre battue ou « gazonnée » ? Un relevé de dates politiques marquant des tournants sociaux, structurels, des images du monde, une sorte de cartographie personnelle ?

Non, en fait, au-delà de sa mécanique, ce livre est dédié à la recherche de la paternité, au fantasme d’un père héros, d’un père sensationnel ( soit, procurant des sensations de natures parfois diamétralement opposées ), de la manière dont se construit un enfant pour devenir lui-même un homme. Et la vie à Besançon, et «  cette rage d’être là, d’être le fils de Mc Enroe et que ça ne serve à rien, à rien puisque la vie c’est courir dans tous les sens… » une photographie devant un hôtel à San Francisco, une jeune française en 1978 et, un jour, lorsque ce jour devient plus sordide et absurde qu’un autre dans quelques mètres carrés dans le Doubs, une vérité fantasmée / un fantasme vrai qui fait d’un joueur de tennis mondial le père de Julien, fils d’Hélène. Après, il y a l’école, les copains et «  eux qui savent où sont leurs pères et ce qu’ils font ». Et le garçon qui disait de son « père » qu’il était le « méchant » s’engage dans ce combat, dans ce duel en se gavant jusqu’à plus soif de ce « jeu de bourrin, d’usure. On le surnomme Arantxa. Il s’en fout. Il compte, Julien…il compte, tout le temps. » Hélène se perd dans le capharnaüm de sa vie ; «  treize ans dans un appartement trop étroit, assombri par la pluie, la fumée des cigarettes, treize ans à attendre des résultats qui ne lui apportent rien : les victoires de John la frustrent, ses défaites la dépriment. » Les pages s’enchaînent au rythme des années, au rythme des sets de cette quête d’une vie d’un enfant, d’un adolescent et d’un homme.L’espoir, l’image entretenue, le secret cultivé, le non-dit et la rage de crier de qui on est le fils, la déception du 6 juin 1997, «  à quoi ça sert d’être le fils de McEnroe pour se retrouver le jour de ses dix-huit ans à embrasser une fille qu’on aime pas… » un enfer dans le Doubs. Hélène et le garçon, John, à San Francisco…Hélène et Henri, à Besançon.

Le lecteur aurait pu se perdre dans ces échanges caracolant d’année en année ; j’ai, à certains moments, oublié le rythme et accusé des « baisses de régime », j’ai cru abandonner, jeter ma raquette sur le sol de dépit de n’être pas emportée mais c’était sans compter sur le talent d’A.Friedmann et du revers qui reprend le lecteur au vol pour le conduire à la victoire. C’était sans compter avec…le 6 mai 2006 suivi du 9 qui décide de tout. Hélène a-t-elle menti ? Qui est ce père fantôme qui court de tournoi en tournoi… ? Venez jouer cette partie avec A.Friedmann, réservez vos coups droits, vos ace, et vous verrez bien qui, de lui ou de vous, mettra le point final.

 

Chronique de Caroline des mots en premier 

 

Le tennis est un sport romantique, Arnaud Friedmann, JC Lattès, ISBN 9782709644662

 

Quatrième de couverture :

Juin 1984, finale de Roland-Garros. Quand le petit Julien, devant le poste de télévision, affiche sa préférence pour Lendl, sa mère lui révèle qu’il est le fils de son adversaire, John McEnroe. Il a cinq ans et grandit dans l’ombre de cette paternité mythique, au rythme des victoires des héros du tennis qu’il rêve de supplanter un jour. Mais à l’évidence, il n’a pas hérité des gènes du champion, et s’enlise aux barbecues-parties du club de tennis de Besançon.
Réélection de Mitterrand, chute des Ceausescu, premiers émois amoureux… les années 1980-1990 passent sur fond de Boys Boys Boys de Sabrina, et avec elles passent les rêves de l’enfance. Sommes-nous toujours les fils de nos pères ?
Un roman d’initiation très contemporain, tendre et doucement cynique, servi par des personnages écrits à la volée.

 



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