Les saisons de Louveplaine de Cloé Korman

Les saisons de Louveplaine est un roman dense qui ne se laisse pas facilement apprivoiser, à l’image de la banlieue que le roman dépeint.

Ce roman c’est l’histoire singulière de Nour, histoire singulière qui néanmoins pourrait être celle de beaucoup de femmes dans son cas, à quelques variantes près.

Nour est une jeune algérienne qui a épousé Hassan. Ce dernier a décidé d’aller tenter sa chance en France, de leur trouver un appartement et de tout préparer pour la venue de son épouse et de leur toute petite fille. En attendant, il envoie de l’argent à sa famille.

Et puis, un jour, il cesse de donner des nouvelles. Les semaines passent, Nour s’inquiète puis décide de partir à sa recherche, dans un monde dont elle ignore tout. Et c’est l’arrivée à Louveplaine, cité mal-famée, dans un appartement quasi vide de tout meuble, mais surtout vide d’Hassan. Les jours passent et il ne reparaît pas. Nour va alors faire la connaissance du quartier, de ses jeunes, de ses trafics mais également de la peur et de la violence qui vont avec.

Un roman donc, qui ne s’est pas laissé facilement apprivoiser. Un roman dense, organisé par mois et qui par ce découpage, montre la lenteur et le bourbier en quelque sorte dans lesquels Nour se retrouve empêtrée. Où est Hassan ? Peut-elle faire confiance au jeune Sonny qui semble vouer une admiration sans borne à son mari mais qui traîne dans des embrouilles plus fumeuses les unes que les autres.

Nour va devoir accepter que son mari n’est pas le rude travailleur qu’elle pensait, que la vie en France de ce dernier n’est pas l’Eldorado qu’on peut imaginer quand on est resté au pays. La jeune femme va aller de surprise en surprise, de déconvenue en déconvenue et découvrir une véritable jungle au sein d’un pays qu’elle imaginait lisse et symbole de prospérité. Mais les chances ne sont pas les mêmes pour tous.

Le texte est un texte riche et foisonnant par lequel l’auteur rend un véritable hommage à la cité. Elle décrit mais comprend sans dénoncer. Néanmoins, dans un entretien, elle refuse qu’on lui attribue là un documentaire. Ce roman est ce qu’il annonce : une fiction. Mais une fiction tellement réaliste qu’on en frissonne. Et avec Nour, on traverse une année fort pénible… Le personnage principal va subir un véritable parcours initiatique et ressortir complètement transformée de ce périple.

Les personnages secondaires sont également très réussis. Sonny en tête de file, bien évidemment. On lui claquerait des baffes à ce môme et pourtant… est-il vraiment coupable de chercher n’importe quel moyen pour survivre dans la jungle de sa cité ? Mais il n’est pas le seul à rendre vivante cette cité hostile : de la jeune prof inquiète pour son élève jusqu’au flic qui tombe amoureux d’une jeune infirmière de la cité, on y trouve un éventail de gens attachants qui font eux aussi la réalité des quartiers.

Un texte que je n’ai pas lu d’une traite… un texte dense et riche, que je recommande.

Chronique de Stéphie de Mille et une pages. 

Les saisons de Louveplaine, Cloé Korman, Seuil, ISBN 978-2021120639

Quatrième de couverture :

Nour, une jeune femme algérienne, n’a plus de nouvelles de son mari parti travailler en France. Elle prend l’avion, arrive à Louveplaine, banlieue où Hassan lui a promis de la faire venir avec leur petite fille. Mais, au 15e étage de la tour Triolet, l’appartement est vide. Hassan a disparu. Pourquoi ? Désemparée mais déterminée à retrouver son mari, Nour fait connaissance avec les habitants de la cité, découvre leur vie, leurs espoirs, leurs secrets. Sonny, bon élève au lycée mais mêlé à tous les trafics, s’impose à elle, tantôt amical, tantôt menaçant. Apparemment, il sait, pour Hassan. Mais veut-il aider Nour, la protéger ou au contraire « l’embrouiller » ? Nour avance à tâtons, alors que la sombre renommée de son mari se dessine sur fond d’économies parallèles et de démantèlements urbains qui mettent la cité sous tension. 
Cloé Korman a travaillé un an dans un lycée de Seine-Saint-Denis. Son livre, nourri par cette approche, va bien au-delà du reportage sociologique. La vivacité des scènes et des personnages, l’originalité de l’écriture, la façon dont l’intrigue avance, tantôt brutalement, tantôt subtilement, bref, l’invention littéraire, donnent une ampleur rare au roman et confirment les dons exceptionnels de Cloé Korman.



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