Le corps humain de Paolo Giordano

Qu’ils aient fui une histoire familiale difficile ou laissé derrière eux une épouse et un enfant aimants, qu’ils soient durs à cuire ou timides, conquérants ou timorés, grands et forts ou trahis par leur corps, ils ont tous quitté l’Italie pour intégrer le peloton Charlie envoyé en mission de protection en Afghanistan. Là-bas, loin de chez eux, ils sont confrontés à une réalité bien différente de tout ce qu’ils avaient imaginé. Confinés dans leur caserne, dans la poussière et la chaleur du désert, ils s’ennuient. La nature est hostile, la population l’est tout autant, les ennemis sont partout mais restent invisibles. La tension monte, les corps se révoltent. Une opération en extérieur leur permet de secouer la torpeur mais, quand la mission tourne au cauchemar, le peloton Charlie compte ses morts et chacun tente, à sa façon, de se remettre du drame.

Paolo GIORDANO qu’on avait pu trouver un peu froid dans sa description des amours adolescentes de La solitude des nombres premiers, fait ici le plein d’émotion et de sensibilité pour nous faire aimer ses personnages. Ces soldats qui nous deviennent familiers au fil des pages : Cerdena, la grande gueule insupportable, Ietri le puceau, Torsu l’éternel malade, Zampieri la belle blonde, Egitto le médecin, et tous les autres qui font partie de cette division Charlie, harcelée par la dysenterie, par la chaleur du désert, par les attaques de Talibans. Avec eux, on explore les motivations de ces hommes qui s’engagent dans des conflits armés, pour fuir, vivre l’aventure ou servir un idéal. Mais c’est la guerre moderne qu’ils vont découvrir. On ne combat pas d’homme à homme, on saute sur une mine. On est censé protéger la population, celle-la même qui met des bombes dans les mains des femmes et des enfants, dans la laine des moutons, pour tuer ceux qui pensent apporter la paix. Face aux dangers, les hommes font corps, ce corps humain avec ses failles, ses cicatrices indélébiles mais aussi son courage, sa rage de vivre.
Une plongée dans une guerre lointaine, plus forte que n’importe quel reportage du JT, un grand livre qui émeut et fait réfléchir.

Chronique de Sandrine F

Le corps humain, Paolo Giordano, Seuil, traduit par Nathalie Bauer, ISBN : 978-2-02-110587-2

Quatrième de couverture :

Le peloton Charlie, envoyé en « mission de paix » en Afghanistan, rassemble des soldats de tous les horizons : Cederna, le fort en gueule, Ietri, son jeune « disciple », la blonde et courageuse Zampieri, Mitrano, le souffre-douleur, ou encore Torsu, à la santé fragile. Encadrés par un colonel vulgaire, un capitaine austère et l’adjudant René, ils vont être confrontés au danger, à l’hostilité, à la chaleur, à l’inconfort, à la rébellion du corps humain et au désœuvrement à l’intérieur d’une base avancée, bastion fantomatique au milieu du désert. Mais aussi à eux-mêmes : à leurs craintes, leurs démons, leur passé qui les rattrapent. Une épidémie de dysenterie les rapproche du lieutenant Egitto, médecin qui vient de rempiler afin de fuir une histoire de famille douloureuse. Enfin, une opération à l’extérieur de la base, qui se transforme en cauchemar, fait voler en éclats leurs certitudes.

Plus qu’un roman de guerre, Le Corps humain est un roman d’apprentissage où le conflit armé apparaît comme un rite d’initiation au monde adulte, et la famille comme un champ de bataille tout aussi redoutable.

Né en 1982 à Turin, Paolo Giordano est docteur en physique théorique. Il collabore à plusieurs journaux italiens. Son premier roman, La Solitude des nombres premiers, a été un best-seller international traduit dans quarante pays et dont Saverio Costanzo a tiré un film en 2010.

Nathalie Bauer, docteur en histoire, auteur de romans, a traduit plus de cent ouvrages italiens en français dont des œuvres de Mario Soldati, Primo Levi, Natalia Ginzburg, Elisabetta Rasy.



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