Manuel de survie à l’usage des incapables de Thomas Gunzig

Des critiques paresseux ont comparé ce roman à Tarantino, parce qu’il y a de la violence grotesque dans ce manuel de survie. Si on cherche une influence c’est plutôt de Groland ou du Benoit Poelvoorde de C’est arrivé près de chez vous qu’il faut aller chercher. Car si violence absurdeil y a chez Gunzig, elle n’est jamais gratuite. Elle est outrée pour révéler par contrecoup la vraie violence, celle de notre société, car il n’est de pire violence que celle qu’on ne voit plus.

Dans un futur proche, assez proche de notre monde, un vigile tue involontairement une caissière de supermarché, que la direction voulait virer. Tout pourrait en rester là si… à la suite de manipulations génétiques, la caissière n’avait donné naissance à un quator d’enfants loup qui décident de la venger.

D’où une course poursuite, les deux camps étant bientôt rejoints l’un par l’inspectrice du supermarché, l’autre par l’ex femme du vigile décidé à se venger.

Le livre reprend les codes de la bd ou de la série télévisée, avec une écriture rapide, une double narration en parallèle et des rebondissements réguliers pour tenir le lecteur en haleine. Autrement dit, c’est super efficace et bourré d’humour noir.

Les lecteurs qui ont besoin d’un peu plus que d’une intrigue bien tissé pour être satisfaits se réjouiront de la critique sociale. C’est son côté Groland version Mamouth. On pourrait y croiser sans surprise Yolande Moreau dans un de ses rôles où elle excelle. Manuel de survie à l’usage des incapbles décrit un monde où, à force de lecture de manuel de management prônant le « toujours plus » on finit par oublier que le plus de l’un est le moins de l’autre. Ou comme le disait Albert Jacquart « pour qu’il y ait des gagnants, il faut qu’il y ait des perdants. » à moins qu’il n’est dit que « les gagnants fabriquaient des perdants ». J’ai la mémoire qui flanche là, à ce moment précis. Mais attention, rien ne serait plus faux que de voir dans manuel de survie à l’usage des incapables ce qu’on appelait autrefois un roman à thèse. C’est d’abord une machine narrative, une histoire racontée avec ferveur et joie. Faites comme vous voulez, mais si vous vous emmerdez à lire dernier XXX ou YYY (j’ai décidé de ne plus dire du mal) on vous a prévenu : il existe des remèdes. Le pot belge, car oui Thomas Gunzig est né à Bruxelles, l’autre pays de l’absurde.

 

Chronique de Christophe Bys

 

Manuel de survie à l’usage des incapables, Thomas Gunzig, Au Diable Vauvert, ISBN 978-2846264143

 

Quatrième de couverture :

 

Comment un jeune employé malheureux, un assistant au rayon primeur, un baleinier compatissant et quatre frères, Blanc, Brun, Gris et Noir, quatre jeunes loups aux dents longues surentraînés et prêts à tout pour se faire une place au soleil, se retrouvent-ils liés par la conjonction fortuite d un attentat frauduleux et d un licenciement abusif ?
On l’apprendra en suivant avec passion leurs aventures burlesques et noires dans les sinusoïdes étranges du destin, et leurs différentes façons de composer avec les sévères lois du cynisme contemporain.
Sur le chemin, le roman fourmille d images magnifiques, cocktail d humour saugrenu et de poésie : « la tristesse pouvait s installer dans une vie et s’y planter durablement, comme une vis bien serrée avec une couche de rouille par-dessus » ou « il sentait que la vie était une épreuve aussi désagréable qu’une longue angine »…
Des morceaux de bravoure inoubliables, tels la création du monde en temps que supermarché, des références constantes aux contre-cultures cinématographiques, un art du rebondissement tiré des meilleurs feuilleton populaires, une précision jubilatoire, un sens de la narration et un style inoubliables, font de ce roman une vraie réussite.



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