Nue de Jean-Philippe Toussaint ( 2)

Quatrième partie d’un cycle romanesque narrant les amours du narrateur et de Marie, Nue peut très bien se lire indépendamment des précédents. C’est ce que j’ai fait. Et pour cause, le deuxième volume intitulé Fuir m’était tombé des mains, faisant partie des rares livres que j’ai commencé et jamais fini. Soit j’ai changé, soit celui là est meilleur, puisque je l’ai fini.

Le narrateur aime Marie, qu’il suit à Tokyo ou sur l’île d’Elbe, quand il ne l’attend pas dans son appartement du sixième arrondissement. Marie est une sorte de créatrice artiste styliste, qui au début du livre prépare un défilé avec une robe en miel. Et à la conclusion de ce chapitre, on comprend qu’il s’agit certainement d’une métaphore de JP Toussaint tel qu’il le voit : l’héroïne prend conscience de « cette dualité inhérente à la création – ce qu’on contrôle, ce qui échappe – qu’il est également possible d’agir sur ce qui échappe, et qu’il y a place, dans la création artistique pour accueillir le hasard, l’involontaire, l’inconscient le fatal et le fortuit. »

Ne le cachons pas, ce livre m’a paru très vain après lecture. Des personnages évanescents qui vivent une vie factice, ce n’est vraiment pas ce qui m’intéresse dans le roman, même si en l’espèce il y a de jolies choses sur le sentiment amoureux et sur l’attente. Les traits d’humour sont poussifs : l’agence de création de Marie s’appelle « allons z’y allons o » et quand un apiculteur corse propose de fournir les abeilles nécessaires à la robe déjà mentionnée, il a forcément pour prénom Toussaint. Et quand les personnages vont sur l’ile d’Elbe pour un enterrement, il y a forcément un incendie de chocolaterie qui fait que durant toute la séquence flotte une odeur de chocolat.

Ce n’est pas désagréable, le roman se lit vite, mais on reste dans une sorte de littérature bourgeoise bien tranquille qui ne dérange rien, avec napperons et patins pour ne pas user le parquet de la grand-mère. Sagan au moins se moquait de ce monde oisif et vide.
Reste l’histoire d’amour véritablement originale, avec une sorte de coup de théâtre très bien maîtrisée, l’amour mort renaissant une fois encore. Reconnaissons que la composition d’ensemble révèle une maîtrise de la narration. Comme disait une libraire que je connaissais, « il y a aussi un style ». mais comme disent les blogueurs « j’ai pas accroché ».

La critique adore. Parfois la critique m’interloque. Mais comme disait ma grand mère « c’est pas parce que tu n’aimes pas ça qu’il faut dégouter les autres ! ».

 

Chronique de Christophe Bys

 

Nue, Jean-Philippe Toussaint, Minuit, ISBN 9782707323057



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