Sulak de Philippe Jaenada

J’ai passé une soirée délicieuse en compagnie de Philippe Jaenada. Il m’a raconté l’histoire de Bruno Sulak, de ses casses de supermarchés, de sa vie de bandit. Il était là, en face de moi, et il parlait, c’était charmant. Il s’interrompait pas mal pour raconter deux-trois conneries, on se serait cru sur mon blog, il y avait presque autant d’apartés, c’est dire ! Mais en même temps j’aimais bien quand il me racontait un peu de sa vie, c’était drôle, pas comme Carrère dans Limonov qui me faisait des pages entières sur sa propre vie dont on se fiche un peu…

Bon, non, en fait, il n’était bien entendu pas là, mais c’est l’impression que m’a donné la lecture de ce roman que j’ai adoré. L’impression de l’avoir en face de moi qui papote. Et qui raconte cette histoire absolument géniale.

Quand j’étais gamine, j’étais amoureuse d’un certain nombre de héros de romans : D’Artagnan, Edmond Dantès et, bien entendu, Arsène Lupin. Alors là, franchement, avec Sulak, c’est quasiment Lupin accessible, mais surtout c’est le gentleman cambrioleur dans la vraie vie et c’est un plaisir dément que de suivre ses aventures et de frissonner à la lecture de sa vie…

Je ne comprends pas bien pourquoi tout le monde parle de Mesrine, entre autres, alors que Sulak a existé, qu’il a fait des coups hallucinants sans JAMAIS tirer un seul coup de feu !

Un roman génial, donc, qui m’a fascinée. Je présente du coup mes excuses à mon entourage qui n’a entendu parler que de ça et en a entendu des extraits lus à haute voix pendant tout le temps de ma lecture !

Moi, pendant ce temps, je vais acheter les autres romans de Jaenada.

 

Chronique de Reading in the rain

 

Sulak, Philippe jaenada, Julliard, ISBN 978-2260020592

 

 

Quatrième de couverture :

Il était jeune, il était beau, il s appelait Bruno Sulak, et fut, au début des années 80, l homme le plus recherché de France. Gentleman braqueur, il défraya la chronique judiciaire et séduisit tous ceux qui l approchèrent, jusqu au célèbre policier qui mit fin à cinq années de cavale effrénée. De sa vie tourmentée, Philippe Jaenada a fait un roman biographique captivant.

Comme le dira plus tard le commissaire Georges Moréas, en d autres circonstances, Bruno Sulak aurait pu devenir un des meilleurs flics de France. Mais le hasard a fait de lui un braqueur, sans doute le plus audacieux et le plus fascinant de son époque. Après avoir grandi à Marseille et brièvement fréquenté quelques voyous, Bruno intègre l armée. Doté d une mémoire prodigieuse, doué dans toutes les disciplines, il est rattrapé par un vol de motocyclette commis à l adolescence. On le chasse sans le moindre égard. Il rejoint alors la Légion, comme son père. Sportif émérite, il s entraîne au parachutisme, et bat le record de chute libre. Mais on lui refuse l homologation de son exploit, à moins de s engager pour 5 ans de plus. Une injustice qui le pousse à faire le mur pour aller passer le week-end en famille. Pendant son absence, l ordre est donné à son régiment d embarquer pour le Zaïre et ce qui n était qu une escapade devient une désertion. Il ne peut plus rentrer et bascule alors dans la délinquance.
Avec son fidèle complice Drago, il se lance alors dans le braquage de supermarchés, rencontre la belle Thalie, une jeune fille de bonne famille qui va participer à certains vols à mains armée, au volant de la Simca que Bruno utilise comme une signature à chacun de ses hold-up. Incarcéré une première fois, il étudie l anglais et le droit, puis s évade au nez et à la barbe des gardiens. Il s attaque à des bijouteries, se présente chez Cartier en tenue de tennisman, une raquette à la main, profite d une visite officielle d Helmut Khol pour aller cambrioler un joailler parisien dans un quartier truffé de policiers… Adepte de la non-violence, il n a jamais blessé personne, avait toujours deux balles à blanc dans son revolver au cas où on le forcerait à tirer. Généreux, épris de liberté, révolté par l injustice, il se tint jusqu au bout à son code d honneur et ne dénonça jamais ses complices. Mais sa dernière incarcération à Fleury-Mérogis lui fut fatale : son ultime tentative d évasion tourna à la tragédie et suscite encore la polémique.
Il fallait toute l ironie et le second degré de Philippe Jaenada pour trouver la bonne distance vis-à-vis de ce personnage magnifique. Construit sous forme d anecdotes croisées, son récit nous permet de suivre en simultané l évolution des personnages clefs qui vont s associer à Sulak. Avec son humour pince-sans-rire et son style inimitable (usage immodéré des parenthèses, digressions en chaîne…), Jaenada imagine ce que la vie de Sulak aurait pu être si tel ou tel événement ne s était produit, montrant par là les hasards qui président au destin d un homme. D une grande tendresse à l égard de son personnage, il dresse le portrait d un homme intègre et retrace avec nostalgie cette époque où les gangsters avaient encore du panache.



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