Une matière inflammable de Marc Weitzmann

 

A la télé dans les années 80, Bernard Tapie voulait être un artiste, enfin il le chantait. Marc Weitzmann aurait voulu être Philippe Roth et il y parvient presque avec cette matière inflammable. Disons qu’il y réussit dans les deux premiers tiers du livre, où il nous donne l’impression d’être l’auteur du premier roman français – au sens où l’on parle du roman américain – du XXIe siècle. Et puis il se perd en route, le livre soufre vraisemblablement d’une cinquantaine de pages en trop.

Revenons au début qui est vraiment brillant. Soit l’histoire du narrateur issu d’une famille juive à la croisée de la politique des médias et de l’intelligensia. Le père du narrateur est un peu le raté de cette famille, parti vivre loin de ce foyer de la rue des belles feuilles (celle dont on fait les livres ?) par lâcheté ? Médiocrité ? Ou pour échapper à l’emprise d’un père po

ur lequel le mot castrateur semble être encore une litote ? La matière inflammable dont il est la question dans le titre se réfère explicitement à cette famille… et peut être toutes les familles, dont c’est peut être la plus juste et la plus belle définition.

Famille (nom féminin) : matière inflammable.

A partir de ce point de départ, Marc Weitzmann écrit à la fois l’histoire de son narrateur, celle de la France depuis les années 60, et celle de l’identité juive après 1945. Si le livre n’est pas abouti, c’est par trop d’ambition, le plus beau des défauts à mon sens. Il y a tellement de livres qui ne ratent rien mais qui n’essaient pas grand chose.
Le narrateur enfant croise donc chez son grand père Patrick Zimmerman, un homme ambitieux dont on comprend bien qu’il est là pour pénétrer le cercle si brillant. D’ailleurs il réussira assez bien, se retrouvant collaborateur de DSK. Le narrateur entretien avec Zim, comme il l’appelle, une relation quasi-amicale épisodique jusqu’au jour où il le retrouve marié : il écrit alors un essai qui fera la renommée de Zim et s’éprend de sa femme, qui sera le grand amour de sa vie.

Ceux qui suivent la vie du monde des lettres savent que Weitzman est le cousin de Serge Doubrovsky, qui avait signé il y a quelques années le livre brisé où il racontait le suicide de sa compagne. Une polémique avait opposé les deux auteurs et si dans

tout ce qu’il met autour, le centre du livre, c’est bien l’histoire d’amour du narrateur et de cette femme, l’imMatière inflammable il y a aussi un suicide, un livre et une femme, ce n’est sûrement pas un hasard. Car, en dépit de

possibilité d’aimer qu’il ressent et qu’il relie à cette matière inflammable familiale. « Le désir d’appartenance va de pair avec la quête de l’inconfort », écrit-il. Jusqu’à la névrose.

A plusieurs rep

rises, les femmes que croise le narrateur lui reprochent son manque de sentimentalité, et on est tenté de faire de même avec Marc Weitzmann, lui dire qu’il peut se laisser aller à parler d’amour.

Ce roman s’adresse à un public un peu intello, ou en tout cas pas rebuté par des digressions philosophiques (passionnantes) ou sociologiques.
Le deuxième chapitre intutilé « un Homme, un survivant » confrontant et intriquant deux récits lors de l’enterrement du g

rand père est une des choses les plus forte que j’ai lu depuis longtemps. D’un côté l’hommage officiel, de l’autre le récit du narrateur mérite de s’arrêter sur ce roman imparfait.

Comme en témoigne la fin revenant sur les aventures sofiteliennes de DSK, fin qui m’a laissé de marbre et m’ont fait douter de l’opportunité d’inviter le sulfureux ex ministre dans un roman qui aurait tenu sans ça. On sent une volonté que le roman dise le monde, qu’il raconte l’opportunisme et le cynisme d’une certaine bourgeoisie ? Peut-être.. Mais cela n’était pasnécesaire, les personnages fictifs de Weitzmann, à commencer par la figure de Zim semblent finalement plus vraie que les personnages de la vraie vie. Eternel paradoxe du mentir vrai romanesque.

 

Chronique de Christophe Bys 

 

Une matière inflammable, Marc Weitzmann, Stock, ISBN 978-2234071650

 

Quatrième de couverture :

 

Début des années quatre-vingt-dix. Au terme d’une jeunesse tumultueuse, Frank Schreiber cherche à rentrer dans le rang. Apprenti écrivain, il accepte un travail de « nègre » auprès d’un ami de sa famille, Patrick Zimmermann, ancien gauchiste devenu économiste à succès. Frank est bientôt attiré par son épouse Paula, une femme aux multiples facettes, dont il devient l’amant. S’ensuit alors une spirale de mensonges et d’ambiguïtés où nul n’est ce qu’il semble. Pas même Frank, tandis que, adopté par le couple, il pénètre dans un milieu intellectuel et politique proche du pouvoir qui le fascine et le révulse à la fois. Ce n’est que vingt ans plus tard, sur fond de déréliction sociale et de scandales publics, qu’il en découvrira certaines clés.

Marc Weitzmann, fidèle à ses obsessions, offre ici une fiction explosive sur quelques aspects de la crise française. Corruption et intégrité, relations de couple et domination, imposture et quête de soi, sont quelques-uns des thèmes de ce roman audacieux et drôle dont l’action se déroule sur deux décennies.



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