Le jour où les skateboards seront gratuits de Saïd SAYRAFIEZADEH

Né d’un père iranien et d’une mère juive new-yorkaise, le petit Saïd rêve d’un skateboard mais sa mère n’a pas les moyens de le lui offrir. Cela importe peu puisqu’un jour les skateboards seront gratuits. Quand la révolution des travailleurs aura vaincu le capitalisme, les patrons, les propriétaires, les salauds de riches perdront leurs privilèges et tout le monde pourra disposer d’un skate à sa guise. En attendant ce jour béni, il faut réveiller la conscience du peuple. Et les parents de Saïd s’investissent à fond dans cette tache. Le père quitte sa femme, appelé par la révolution, aux Etats-Unis, puis en Iran où le Shah est sur le point d’être chassé du pouvoir et du pays. Et la mère distribue des tracts, assiste à des réunions, des meetings, des manifestations, bref, est sans cesse là ou le parti des travailleurs socialistes a besoin d’elle. De New-York à Pittsburgh, de logements insalubres en quartiers mal famés, la mère célibataire, militante avant tout, entraîne son fils dans le sillage des causes à défendre, certaine qu’un jour, quand elle sera à la hauteur de ses engagements politiques, son mari reviendra vers elle. C’est ainsi que Saïd grandit, privé de skateboard, privé de raisin quand les ouvriers viticoles sont en grève, privé de ses frère et soeur enrôlés très jeunes par le Parti, privé de ses parents appelés par la cause, obligé de se construire avec une vision du monde faussée par les idéaux politiques de sa famille.

Avec une bonne dose d’humour et de lucidité, Saïd SAYRAFIEZADEH raconte son parcours de fils de militants communistes dans l’Amérique des années 70/80. Né dans une famille atypique et décomposée où la Cause prime sur le bien-être, il s’est construit dans l’antagonisme entrre les valeurs socialistes et les convictions du reste de la population américaine. Quand chacun rêve de réussir, de posséder, de s’enrichir, sa mère vivait pauvrement par choix, renonçant à une carrière d’écrivain pour servir le Parti. Quand ses camarades de classe soutenaient la politique extérieure des Etats-Unis, lui, était pris en otage entre la lutte révolutionnaire, ses origines iraniennes et sa volonté de s’intégrer. Difficile de garder ses amis quand en Iran, des américains sont pris en otage et que l’on est désigné comme coupable car portant un nom exotique. Privée d’un foyer stable, la tête farcie de slogans politiques, Saïd s’interroge. Ils vivent dans des appartements lugubres partageant les conditions de vie des travailleurs mais ne seraient-ils pas plus heureux dans une maison luxueuse comme celle de son oncle, écrivain reconnu? La révolution arrivera-t-elle plus vite s’il ne mange plus de raisin alors qu’il en a terriblement envie? Faut-il dénigrer le mode de vie privilégié des américains quand les cubains vivent de peu mais sont heureux grâce à Fidel Castro? Le jour où les skateboards seront gratuits, chacun pourra-t-il en profiter ou les considérations matérielles seront-elles secondaires au regard de la félicité acquise? Entre un père absent et une mère occupée à militer, Saïd saura trouver sa voie, prenant le meilleur (la tolérance, l’anti-racisme, la lutte pour les plus démunis, le combat contre les injustices) et composant avec le reste.
Chroniques disparates, souvenirs épars, espoirs et désillusions, idéaux et convictions, l’auteur livre un roman qui fait sourire mais aussi réfléchir et que l’on quitte avec tristesse. Si Philipp Roth et Jonathan Tropper avait un fils, pour sûr, il aurait la verve de Saïd SAYRAFIEZADEH!

Chronique de Sandrine F

Le jour où les skateboards seront gratuits,Saïd SAYRAFIEZADEH , Calmann-Lévy, ISBN 978-2702144626

Quatrième de couverture :

Dans l’Amérique des années 70, l’histoire touchante et cocasse d’une enfance en marge. Alors que Saïd n’a que neuf mois, son père estime qu’il a mieux à faire que de s’occuper de sa famille : oeuvrer pour que la révolution triomphe aux États-Unis. Mahmoud est né en Iran, il a fui le régime du Shah et s’est installé à New York où il devient un membre éminent du parti socialiste des travailleurs. Personnage haut en couleur sachant jouer de son charme, il épouse Martha Harris, juive américaine, elle aussi une fervente militante trotskiste, dépressive et à côté de la plaque.
Pour être fidèle à ses idéaux, elle choisit l’expérience du déclassement. Saïd sera ainsi brinquebalé d’appartements miteux en deux-pièces sordides, de Brooklyn à Pittsburgh, élevé au gré d’interdits absurdes qui l’excluent subtilement de la communauté des enfants : interdiction de manger du raisin à cause du boycott du syndicat des ouvriers agricoles, interdiction de posséder un skateboard tant qu’ils ne seront pas gratuits pour tous, etc.
Mère et fils passent vacances et week-ends à militer, distribuer des tracts, manifester ou à rendre visite à des prisonniers noirs évidemment victimes de ces salauds de capitalistes…

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2 total comments on this postSubmit yours
  1. Super chronique qui donne envie de découvrir ce roman au titre aguicheur ;)

  2. Merci Stephie !

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