L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikéa de Romain Puértolas.

Rien que la première de couverture fait envie, du moins, pour celles et ceux qui comme moi affectionnent particulièrement les histoires absurdes à l’humour décalé. Le roman se cale sur un rythme effréné pour suivre à la trace ce fakir, au nom imprononçable et dont la transcription change à chaque pages, fraichement débarqué à Paris pour y acheter un lit à clous à Ikéa. Entre jeux de mots carambar et situations cocasses, on se régale de ce marathon du non-sens. Du moins, jusqu’à ce que ce héros de fakir se retrouve coincé dans une armoire Ikéa, soit le premier chapitre. Car une fois bringuebalé dans un camion, aux côtés de compagnons d’infortunes qui tentent de rejoindre Londres, le roman change radicalement de ton. Les immigrés clandestins prennent alors le focus dans le roman, et l’auteur lâche soudain son art du non-sens pour des propos plus graves, plus politiquement corrects, plus moralisateurs aussi. Non pas que l’histoire perde en intérêt, mais l’aspect bien souvent larmoyant du récit plombe sa légèreté et sa folie d’origine. Ce serait un peu comme regarder «Monty Python sacré Graal» entrecoupé de spots pour action contre la faim… Ce roman, au final un road trip européen, certes inégal reste cependant une belle fable contemporaine bourrée d’une vitalité communicative.

Chronique de Romain Boussard 

 

L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikéa, Romain Puértolas, Le dilettante, ISBN 978 2842637763

Quatrième de couverture :

Un voyage low-cost… dans une armoire Ikea ! Une aventure humaine incroyable aux quatre coins de l’Europe et dans la Libye post-Kadhafiste. Une histoire d’amour plus pétillante que le Coca-Cola, un éclat de rire à chaque page mais aussi le reflet d’une terrible réalité, le combat que mènent chaque jour les clandestins, ultimes aventuriers de notre siècle, sur le chemin des pays libres.

Il était une fois Ajatashatru Lavash Patel (à prononcer, selon les aptitudes linguales, «j’arrache ta charrue» ou «achète un chat roux»), un hindou de gris vêtu, aux oreilles forées d’anneaux et considérablement moustachu. Profession : fakir assez escroc, grand gobeur de clous en sucre et lampeur de lames postiches. Ledit hindou débarque un jour à Roissy, direction La Mecque du kit, le Lourdes du mode d’emploi : Ikea, et ce aux fins d’y renouveler sa planche de salut et son gagne-pain en dur : un lit à clous. Taxi arnaqué, porte franchie et commande passée d’un modèle deux cents pointes à visser soi-même, trouvant la succursale à son goût, il s’y installe, s’y lie aux chalands, notamment à une délicieuse Marie Rivière qui lui offre son premier choc cardiaque, et s’y fait enfermer de nuit, nidifiant dans une armoire… expédiée tout de go au Royaume-Uni en camion. Digne véhicule qu’il partage avec une escouade de Soudanais clandestins. Appréhendés en terre d’Albion, nos héros sont mis en garde à vue. Réexpédié en Espagne comme ses compères, Ajatashatru Lavash Patel y percute, en plein aéroport de Barcelone, le taxi floué à qui il échappe à la faveur d’un troisième empaquetage en malle-cabine qui le fait soudain romain… et romancier (l’attente en soute étant longue et poussant à l’écriture). Protégé de l’actrice Sophie Morceaux, il joue une nouvelle fois la fille de l’air, empruntant une montgolfière pour se retrouver dans le golfe d’Aden puis, cargo aidant, à Tripoli. Une odyssée improbable qui s’achèvera festivement en France où Ajatashatru Lavash Patel passera la bague au doigt de Marie dans un climat d’euphorie cosmopolite. Sur le mode rebondissant des périples verniens et des tours de passe-passe houdinesques, voici donc, pour la première fois dans votre ville, L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea, un spectacle en Eurovision qui a du battant, du piquant et dont le clou vous ravira. Non, mais.

Romain Puértolas est né à Montpellier en 1975. Ballotté entre la France, l’Espagne et l’Angleterre, il devient DJ turntablist, compositeur-interprète, professeur de langues, traducteur-interprète, steward, magicien, avant de tenter sa chance comme découpeur de femmes dans un cirque autrichien. Évincé à cause de ses mains moites, il s’adonne alors à l’écriture compulsive. Auteur de 450 romans en un an, soit 1,2328767123 roman par jour, il peut enfin ranger ses propres livres sur les étagères de sa bibliothèque Ikea et en cacher ainsi les affreuses fixations en plastique.



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