La cravate de Milena Michiko Flasar

« Il paraît qu’on ne vit qu’une fois, pourquoi n’agonise-t-on si souvent » s’interroge Taguchi Hiro, le narrateur de ce court récit (page 150). Si ce genre d’interrogations ne vous émeut pas, passez votre chemin ce livre délicat n’est pas fait pour vous. La cravate narre l’histoire de la rencontre d’un jeune homme et d’un homme mûr dans un jardin public nippon. Le narrateur est un adolescent qui vit cloîtré dans sa chambre. Le second est un cadre qui a perdu son emploi qui n’ose l’avouer à sa femme et part chaque matin comme si de rien n’était et passe le temps dans ce parc. Ces deux exclus de la société productive s’approchent peu à peu et vont apprendre à se connaître (même si le roman adopte le point de vue du plus jeune des deux qui en est le narrateur), dévoiler leurs drames intimes et s’épauler.. jusqu’à retrouver le goût de la vie. Le récit est si subtil, tout y est si bien dit, qu’on doute qu’il s’agisse d’un premier roman écrit par une jeune femme venue d’Autriche (sa mère est nippone apprend-t-on), qu’on hésite à révéler quoi que ce soit, pour ne rien gâcher la lecture de ceux qui souhaiteront le lire. Je peux dire qu’entre les deux se tisse une belle relation, que ce salarymen (comme on dit au Japon !) et ce hikikomori (comme on appelle ces adolescents ermites épuisés avant l’heure par un monde d’hyper compétition au sens incertain) se tissera une sorte de relations quasi filiales bien plus intenses que celle biologique qui existe entre le père et le fils reclus. Je peux vous parler de ce moment très où le titre de ce roman est peut-être expliqué « Ce matin, quand elle [la femme du cadre licencié]me nouait la cravate, elle a dit et elle était sérieurse : Si seulement on était assez fous pour faire autrement. » Ou cet être autre détail quand l’adolescent observe le bento préparé par l’épouse aimante et qu’il décrit la trace des doigts de celle-ci sur une boulette de viande, exprimant tout l’amour qui lie cette femme et cet homme. Au début du roman, le narrateur note : « je comprends aujourd’hui qu’il est impossible de ne pas rencontrer quelqu’un. Dès lors qu’on est là et qu’on respire, on rencontre le monde entier ». Si certaines rencontres comptent plus, elles risquent aussi de faire davantage soufrir. Ici, l’enfer ce n’est pas les autres, c’est moi avec les autres. C’est peut être pour ça qu’on agonise si souvent et qu’on continue de vivre pourtant. Longtemps même après notre mort.

 

Chronique de Christophe Bys

 

La cravate, Milena Michiko Flasar, Editions de l’Olivier, ISBN-13: 978-2823601367, traduit par Olivier Manonni

 

Quatrième de couverture :

«Un regard fugitif à sa montre, puis il a allumé une cigarette. La fumée s’est élevée dans une suite de ronds. Ce fut le début de notre relation. Une odeur âcre à mes narines. Le vent soufflait la fumée dans ma direction. Avant même que nous ayons échangé nos noms, c’est ce vent qui nous fit faire connaissance.»
Dans un parc, quelque part au Japon, Taguchi Hiro et Ohara tetsu se sont assis sur un banc. Le plus jeune vient de sortir de la chambre où il vit cloîtré depuis deux ans.
L’homme à la cravate a été licencié, mais il est incapable de l’avouer à sa femme.
L’ermite moderne et l’employé modèle se regardent en silence, s’apprivoisent, se racontent. La disparition d’un ami poète fauché par une voiture, le suicide d’une camarade de classe, la vie professionnelle brisée, l’amour d’une épouse, les rêves et les renoncements.
Bribe par bribe, ils se livrent l’un à l’autre.Milena Michiko Flašar est née en 1980 à St Pölten. Elle a étudié la littérature comparée et la philologie germanique et romane à l’Université de Vienne. Après avoir publié des nouvelles remarquées, Milena Michiko Flašar publie son premier roman, La Cravate, qui connait en 2012 un grand succès en Allemagne et en Autriche.



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