La femme à 1000 degrés d’Hallgrimur Helgason ( 2)

Elle a beau vivre dans un garage, abandonnée de tous sur son lit médicalisé, rongée par la maladie, Herbjörg Maria Björnsson n’a rien perdu de sa verve, de son cynisme et du tempérament de feu qui la caractérisent. A 80 ans, celle qu’on appelle Herra, a gardé le contact avec le monde extérieur grâce à une connexion internet, mais à l’approche de la mort, l’heure est surtout à l’introspection et à l’évocation des souvenirs d’une vie intense et hors du commun, vécue à 100 à l’heure, sans souci des convenances et autres diktats sociaux, des fjords gelés d’Islande à la pampa argentine, de Paris libéré à Berlin bombardé.

 

Qui est Herra ? Une loque qui se traîne de son lit aux toilettes, entre deux cigarettes et une caresse à la grenade qu’elle garde toujours à portée de main, une vieille femme malade qui passe le temps en s’inventant une vie de top model sur les réseaux sociaux. Pourtant la résumer à ce qu’elle est aujourd’hui serait oublier tout ce qu’elle a été : la fille chérie d’une femme dure à la tâche qui a vécu selon son coeur, la petite-fille du premier président islandais, la fille du seul islandais à avoir épousé les théories du Führer, une petite fille seule pendant la guerre et qui a traversé l’Europe à feu et à sang, une femme libre qui s’est mariée trois fois, a eu trois fils de trois pères différents, une adolescente violée, prostituée de force, une amoureuse battue par un pêcheur alcoolique, celle qui failli hériter d’une vaste propriété en Argentine, celle qui a connu l’amour, le vrai même s’il n’a duré qu’une nuit, celle qui a refusé de végéter dans une maison de retraite, celle qui a survécu à la guerre, à la honte, à l’amour, au froid et même à la crise, celle dont le corps flambera dans les 1000° du four crématoire le 14 décembre, son dernier jour sur terre. Herra, c’est la liberté, la soif de vivre ! Herra, c’est l’Islande, petite île loin de tout, qui s’est relevée de tous les outrages, de la domination danoise à la deuxième guerre mondiale, de la mondialisation à la crise financière, grâce, sans doute à un tempérament de feu et de glace.

Avec cette ambitieuse saga qui mêle l’histoire d’une femme à celle de son pays et de l’Europe tout entière, Hallgrimur HELGASON signe un roman fabuleux dans une langue parfois lyrique, parfois crue, mais toujours juste et emmène son lecteur dans une épopée flamboyante construite comme un de ces mythes si chers aux islandais. Un livre dans lequel il faut se laisser embarquer à 1000 à l’heure pour 1000° de plaisir, entre cynisme et larmes, bonheur et tragédie.

 

Chronique de Sandrine F

 

La femme à 1000 degrés, Hallgrimur Helgason, Presses de la cité, 

 

 

 



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