La robe des léopards de Kristopher Jansma

Voilà un roman dont on s’étonnera longtemps qu’il n’a pas été davantage repéré par les gens dont le métier est d’être critique littéraire. Il a tout pour plaire : drôle et intelligent, il réussit à être à la fois un récit d’aventures divertissant, un page turner qui fait voyager de New York à l’Afrique, en passant par le Luxembourg, tout en étant une réflexion sur le pouvoir de la fiction. avec ce qu’il faut de branché pour séduire le public qui aime le cinéaste Wes Anderson (référence citée en quatrième de couverture que j’approuve contrairement à celle faite à Fitzgerald qui me laisse interrogatif, mais c’est une autre histoire).

Le narrateur, dont le prénom change, est né d’une hôtesse de l’air et d’un père inconnu. S’il se dit écrivain, ces textes ont tous disparu dans des circonstances aventureuses faisant douter de la réalité du récit. Une chose est sûre : Julian, son camarade d’université est lui devenu une star mondiale de la littérature, une sorte de Salinger des temps modernes. Alors le narrateur se voit confier la rédaction d’une biographie alors qu’il a usurpé l’identité du dit ami pour décrocher un poste de professeur dans une université américaine où il enseigne le nouveau nouveau journalisme. Pour écrire sa biographie, il va partir à travers le monde (ou imaginer qu’il traverse le monde) pour le retrouver, cherchant sa trace, chaque étape de sa quête étant une nouvelle version de la même histoire. « Dites toute la vérité mais dites la de biais » a appris le professeur aux deux jeunes étudiants (Julian et le narrateur), un conseil qu’il suit à la lettre.

Pour que la fête soit réussie (ou le livre, mais Jansma fait partie de ses écrivains pour lesquels la lecture, et donc la littérature, est une fête), il y a bien sûr une histoire d’amour avec Evelyn, une comédienne que Julian a présenté au narrateur. Elle lui préfèrera un prince du Luxembourg. A moins que ce ne soit un prince hindou.

Qu’importe finalement quelle est l’ultime réalité, tant qu’on aura des mots pour raconter nos réalités fantasmées? « Quelle trace les autres ? Une famille ? Une maison ? Moi, tout ce que je voualisas laisser derrière moi c’est un livre. Un stupide assemblage de mots. »

Le roman de Kristopher Jansma n’est pas un stupide assemblage de mots. Il combine une joyeuse énergie et de subtiles variations. Chacun le lira au niveau qu’il veut.

 

Chronique de Christophe Bys

 

La robe des léopards ,  Kristopher Jansma, Jacqueline Chambon , traduit par Laure Manceau,  ISBN 978-2-330-02466-6

 

 

Quatrième de couverture :

Le narrateur de ce premier roman n’est décidément pas fiable. Il s’appelle tour à tour Walter, Timothy, Outis, mais personne ne connaît son vrai nom. Il se dit écrivain, mais a perdu tous les textes qu’il a écrits. Il enseigne le journalisme, mais n’a jamais mis le pied dans une salle de rédaction. Et pourtant c’est à lui qu’un éditeur commande la biographie d’un grand écrivain qu’il a bien connu quelques années plus tôt. Lui, qui repeint sans cesse la réalité aux couleurs trompeuses de l’imaginaire, lui, le menteur maladif, l’imposteur magnifique, le voilà, pour la première fois, sommé d’écrire la vérité. Pour retrouver celui qui fut son meilleur ami, en même temps que son plus grand rival en littérature, il se lance dans un surprenant tour du monde. Des clubs de jazz de Manhattan aux villages du Sri Lanka, de Dubaï au Luxembourg et du Ghana à l’Islande, il part à la recherche de l’homme qui, depuis plusieurs années, se cache derrière l’auteur culte. Il se met aussi, sans le savoir, en quête de lui-même…

 

Loin du roman initiatique traditionnel, quelque part entre les univers de Francis Scott Fitzgerald et de Wes Anderson, Kristopher Jansma livre dans La Robe des léopards une variation pleine d’invention et d’esprit sur l’art du roman. Au fil des pages, les histoires s’imbriquent, réalité et fiction s’échangent leurs détails, tandis que le narrateur prend un malin plaisir à brouiller sans cesse les règles du jeu. Où est la vérité ? Peu importe. “Toutes les histoires sont vraies, mais ne le sont qu’ailleurs.”



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