L’ange gardien de Montevideo de Felipe Polleri

Singulier récit que ce texte publié par les passionnantes et naissantes éditions Christophe Lucquin, qui livre après livre, publient des romans singuliers et exigeants. L’ange gardien de Montevideo, premier roman traduit en français de son auteur, ne déroge pas à cette règle.

Ce court roman composé de chapitres brefs est le journal écrit par Nestor le fils d’une femme de ménage qui est le concierge suppléant de l’immeuble. Du moins c’est ce qu’il croît. Les habitants de l’immeuble le voient plutôt comme un idiot, c’est même son surnom. A moins qu’il ne soit la créature inventée par l’écrivain du 101, un locataire (allié vrai ou faux de Nestor) qui aime provoquer ceux que l’auteur appellent les propriétaires, les braves gens de la mauvaise réputation, la chanson de Brassens, ceux qui n’aiment pas qu’on suive une autre route qu’eux.

Raconté par un enfant, le texte est composée de phrases courtes et simples. Mais cela ne veut pas dire, loin de là, qu’elles seraient faciles : « Le travail des Ordinateurs n’est il pas de souffrir avec les humains ? » L’univers de Nestor est hostile et violent. Dit-il le vrai ou est-ce son fantasme ?

« Poison pour les rats ou quelque chose de pire encore. Le poison que prennent les vieilles sans travail qui ont un fils idot. Le poison des perdantes. C’est vrai que, en premier lieu, nous devons nous baigner dans du kérosène et, deuxièmement, imbiber les murs en bois pressé et les linges de lit et les pantins en bois, et faire, au beau milieu une grande flambée avec tous les dossiers : pour que les enquêteurs de la police croient que nous n’étions pas des malheureux, des perdants, comme les filles des « concours d’opposition » ».

Le livre comporte aussi un cahier de dessin qui apportent un éclairage au récit.

 

Chronique de Christophe Bys

 

L’ange gardien de Montevideo,  Felipe Polleri , Christophe Lucquin Editeur, traduit de l’espagnol par Christophe Lucquin, ISBN 978-2-36626-011-3

 

Quatrième de couverture :

L’ange gardien de Montevideo propose un univers qui s’aventure sur des terrains dangereux comme l’absurde, l’hallucination, ou simplement, le délire.

Écrit à la manière d’un journal daté, le roman ne se concentre pas sur un seul personnage. On y trouve la présence récurrente du concierge suppléant (Néstor), et d’un supposé écrivain (l’écrivain du 101) qui s’empare à plusieurs reprises de la voix narrative.

L’humiliation du débile est constante. Elle est le centre du roman.
C
e débile, Néstor, cette marionnette en bois que certains propriétaires surnomment Pinocchio et d’autres tout simplement « l’idiot » est secrètement un ange novice, né de la douleur du monde pour souffrir, et être puni.

On l’accuse de se masturber, d’uriner dans le fauteuil de la réception, de s’endormir au travail. Néstor est l’otage de toute la haine qui parcourt la ville, sans passé ni avenir, atroce.

« Il est temps de noter dans ce dossier que je vis dans une ville au bord d’un fleuve ; comme le squelette d’une vache qui serait morte de soif avant d’arriver ou bien morte empoisonnée dès la première gorgée. » écrit Polleri.

Les dates divisent les épisodes et créent des petites histoires indépendantes les unes des autres, mais reliées entre elles par un fil presque invisible.



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