Un destin d’exception de Richard Yates

On ne dira jamais la qualité des publications de la collection Pavillons. On peut acheter tout ce qu’ils publient les yeux fermés, à condition de les rouvrir pour lire après. Ce roman de Richard Yates ne fait pas exception. Ce Yates-là est l’auteur de La fenêtre panoramique, un roman réputé avoir influencé durablement les écrivains états-uniens d’après guerre pour sa desciption méthodique du cauchemar écrivain, d’un ton sobre quasi chirurgical.

Ce sont les mêmes qualités que l’on retrouve dans ce destin d’exception, roman d’initiation d’un jeune homme parti faire la deuxième guerre mondiale en Europe. Dans la chartreuse de parme (on est au même niveau de chef d’oeuvre), Fabrice Del Dongo arrive quand tout est fini. Robert Prentice, le personnage principal, n’aura pas cette chance. Il débarque avec les alliés, mais il fait une guerre qui n’a rien d’héroïque. Attentes interminables, peur incontrôlé, difficulté à nouer des amitiés, sa guerre est le contraire de tous les récits militaires : ni lyrique, ni violemment anti-milatariste, il n’en est que plus saisissant, tant il saisit la guerre dans sa dimension humaine.

Ce serait déjà une première raison de lire ce roman. Mais, il en est une seconde : la grande affaire de ce roman est l’initiation, l’émancipation de Robert d’une mère originale, pour tout dire égoïste et irresponsable. Si la guerre n’est pas la grande leçon d’héroïsme, elle offrira à ce jeune américain moyen les voies de trouver la liberté et de vivre enfin sa vie.
Construit en plusieurs parties, certaines se passant pendant la guerre et d’autres durant l’enfance de Robert, Un destin d’exception, un titre délicieusement ironique, excelle autant dans le récit de l’un que de l’autre, montrant toute la gamme du talent de Richard Yates, capable de narrer aussi bien une manoeuvre militaire complexe, que les rêves de la première des bobos (la mère de Robert) une aspirante artiste en galère et un véritable archétype féminin.

La société américaine y est décrite dans toute ses stratifications, loin des clichés européens d’un monde égalitaire et sans classes. A cet égard, la partie où la mère pense faire son entrée dans le grand monde, après qu’une de ses élèves de son cours de sculpture lui offre l’occasion d’approcher une famille de praticiens du New Jersey est une réussite : on est quelque part entre Bel Ami et Illusions perdues. Richard Yates est un immense auteur qu’il faut lire vite. Sur la quatrième de couverture figure une citation de Zadie Smith à propos de ce roman « impossible à paraphraser, merveilleux à lire ». Pas mieux.

 

Chronique de Christophe Bys

 

Un destin d’exception, Richard Yates, collection Pavillons, Robert Laffont édition, ISBn ISBN : 2-221-11434-5, traduit par Aline AZOULAY-PACVON

 

Quatrième de couverture :

 

« Un destin d’exception ressemble à un croisement entreDiamants sur canapé et À l’ouest, rien de nouveau. Impossible à paraphraser, merveilleux à lire. » Zadie Smith
1944, NY. Robert Prentice a dix-huit ans et s’apprête à rejoindre l’Europe pour servir son pays. Il a passé toute sa jeunesse à résister à l’étouffante présence de sa mère, Alice, en butte avec ses démons et ses ambitions extravagantes. Divorcée d’un honnête homme, apprentie sculptrice, elle s’est toujours sentie appelée à vivre un destin d’exception. Son cher Bobby, seul allié des années de tourmente, a vu son enfance hypothéquée, ses études sacrifiées, et a dû endurer les compagnons de fortune, les dettes honteuses et les déménagements à la cloche de bois. Aujourd’hui, engagé comme le reste de sa génération dans le corps militaire, il va pouvoir montrer à tous – et surtout à lui-même – qu’il n’est pas qu’un fils, le fils d’Alice Prentice, posant nu tel un faune, sous les yeux moqueurs des jeunes voisins, pour aider sa mère à donner forme à ses délires. La guerre lui offre enfin l’opportunité de devenir un homme, un vrai, capable de trouver sa place au sein d’une franche camaraderie de garnison et de s’illustrer dans de hauts faits de combats. Abreuvé d’idéalisme, nourri d’héroïsme hollywoodien, il croit, lui aussi, à son destin d’exception. Mais, à la guerre comme à la ville, il comprendra qu’il y a beaucoup d’appelés, mais peu d’élus… Deux itinéraires, deux âmes blessées : Robert, par sa guerre ratée, Alice, par ses rêves insensés. Et pourtant, chacun garde toujours l’espoir d’une seconde chance possible, un jour, ailleurs. Dans un roman ouvertement autobiographique, Richard Yates fait le portrait d’une Amérique sans pitié, irrémédiablement en quête d’elle-même.


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