180 jours d’Isabelle Sorente

« Rien ne ressemble plus à un nourrisson humain qu’un porcelet, dans les contes de fée, les bouchers s’y trompent et cuisinent des enfants ».

À l’instar des fables cruelles, ce roman appuie là où ça va faire mal. Les blessures d’enfance, la chaleur de l’amitié, le désir de paternité des deux héros, mettront 180 jours – le temps d’élever un porc industriellement – pour finalement lier d’amitié ces deux individus que tout opposait. L’intellectuel et le « bouseux », pris dans la chaîne infernale qui s’étend de la conception à la mort d’un animal « familier », devront faire un choix pour ne pas perdre la raison.
Par sa compatibilité en cas de greffe, on sait le porc proche de l’homme. La peau et le cœur incarnent l’attirance et l’amour portés à l’animal. Ce roman sans concession affronte courageusement notre besoin, vital ou pas, de les manger, fut-ce au prix de la barbarie industrielle.
Sujet repoussoir s’il en est, sa lecture est édifiante. L’anthropomorphisme et l’histoire personnelle de chacun, résonnent au milieu d’un effroyable vacarme porcin. La survie d’une truie au regard tendre et de son petit qui ne verra jamais le soleil, questionne notre rapport à la nature, à l’animalité, tout en évaluant le prix de notre avenir d’humains libres et responsables de nos choix.

Autant documentaire que philosophique, cette oeuvre littéraire est un plaidoyer. On sent Isabelle Sorente partisane du rôle moral de la littérature. Son récit serré ne perd pas de temps en descriptions ou autres effets de style. Précise, fine psychologue et pleine d’empathie, elle tient le lecteur sous tension. Non dénués de lyrisme, mais sans concession face au réel, 180 jours pour un porcelet, presque 500 pages pour une lecture, se rejoignent dans cette terrible constatation :

« Quand on ne peut pas changer les choses, ça nous change nous ».

 

Chronique de Christiane Miège

 

180 jours, Isabelle Sorente, JC Lattès éditions,  ISBN 9782709636650

Quatrième de couverture :

180 jours, c’est le temps qui sépare la naissance d’un porc de sa mort à l’abattoir. Ce sont aussi les six mois qui font basculer la vie d’un homme.

Quand Martin Enders accepte de se rendre dans un élevage industriel pour les besoins de son travail universitaire, il n’imagine pas que le cours de sa vie va s’en trouver bouleversé. Par les secrets que lui révèle Camélia, le porcher. Et par les quinze mille bêtes enfermées dans les différents bâtiments.
Fondé sur la propre enquête de l’auteur, dévoilant le quotidien surnaturel des animaux dans les systèmes de production industriels, 180 jours est l’histoire d’une amitié entre deux hommes que tout semblait séparer, mais aussi celle de leur rapport aux bêtes.
Avec ce roman, Isabelle Sorente nous entraîne au bout des départementales, dans les couloirs inavouables de notre modernité, où montent les voix de ceux qui sont privés de parole.



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