Faber, le destructeur, de Tristan Garcia

Ou quand il est prouvé que les meilleures intentions ne suffisent pas pour faire un très bon roman. Faber le destructeur relate l’histoire d’un trio qui se forme à l’école élémentaire, autour de Mehdi Faber un enfant adopté terriblement intelligent et charismatique et deux enfants de la classe moyenne, Basile et Madeleine. Le récit commence plusieurs années plus tard, quand ces deux derniers partent à la recherche de Faber, après avoir une lettre codée, selon un rite mis au point lors de leur adolescence. Car Faber leur ami, leur vie, est un danger. Après avoir été une sorte de héros adolescent, à la tête d’une révolte lycéenne, il est devenu ce que les théoriciens de la science politique appelle un « autonome », en dehors du système, en lutte contre le système, perdant de son éclat physique, devenu une sorte de loque.
Ce roman est à moitié réussi (on est en 2014, j’ai envie d’être positif). On y retrouve très bien décrite une certaine fièvre adolescente, la fascination que peut avoir sur des enfants normaux, trop normaux, une personnalité originale (comme on dit chez moi). L’ennui de la vie provinciale vue par des adolescents bouillants de vie est bien restitué. Comme par exemple, quand Madeleine qui s’ennuie s’interroge : « « Comment ils font dans les films et dans les livres pour qu’il arrive quelque chose ? – Tu veux dire ? – Ben .. Il se passe toujours un truc. Une agression, je ne sais pas, moi, un assassinat. Une révolution, la guerre, des trucs comme ça, comme dans les autres pays ». Elle a soupiré. « Nous on a rien. » »

Là où le roman est moins convaincant, c’est dans l’écriture d’abord. Ensuite, l’auteur est philosophe de formation. Et son roman reste davantage une oeuvre de philosophe que de fiction.On est plus dans le conte philosophique que dans le roman qu’il essaie d’être. Pour pallier ce manque, qu’il n’ignore pas, il accumule coups de théâtre et révélations, et ce, de façon pas toujours crédible, se perdant un route et dilluant son propos. Le crime de Faber, par exemple, est très fabriqué et n’apporte pas grand chose au récit. De même, son aventure pseudo amoureuse avec une jeune fille avant son départ. Vers la fin, le récit vire vers le fantastique, mais sans le talent d’un Pierre Jourde dans Festins secrets.
Finalement, le plus étonnant de ce roman est que les personnages les plus touchants sont les deux middle class héros, Basile et Madeleine. Sidérés par leur ami d’autrefois, regrettant de n’être que ce qu’ils sont, ils n’ont pas réussi à vivre leur vie par fidélité à cet ami qui ne leur voulait pas que du bien. Sur un sujet voisin, L’abandon du mâle en milieu hostile d’Erwan Lahrer(aux éditions Plon) nous a semblé bien supérieur.

 

Chronique de Christophe Bys

 

« Faber, le destructeur », Tristan Garcia, Gallimard, ISBN : 9782070141531

 

Quatrième de couverture :

Dans une petite ville imaginaire de province, Faber, intelligence tourmentée par le refus de toute limite, ange déchu, incarne de façon troublante les rêves perdus d’une génération qui a eu vingt ans dans les années 2000, tentée en temps de crise par le démon de la radicalité.
«Nous étions des enfants de la classe moyenne d’un pays moyen d’Occident, deux générations après une guerre gagnée, une génération après une révolution ratée. Nous n’étions ni pauvres ni riches, nous ne regrettions pas l’aristocratie, nous ne rêvions d’aucune utopie et la démocratie nous était devenue égale. Nous avions été éduqués et formés par les livres, les films, les chansons – par la promesse de devenir des individus. Je crois que nous étions en droit d’attendre une vie différente. Mais pour gagner de quoi vivre comme tout le monde, une fois adultes, nous avons compris qu’il ne serait jamais question que de prendre la file et de travailler.»



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