Je ne retrouve personne d’Arnaud Cathrine

Ayant lu il y a longtemps un roman d’Arnaud Cathrine, j’ai retrouvé dans celui là tout ce que j’avais aimé alors : une certaine mélancolie, un talent pour décrire les relations familiales et des paysages de bord de mer normands. Dans le meilleur, le roman évoque le grand Claude Sautet pour la subtilité psychologique. Et ce Je ne retrouve personne n’en manque pas. Aurélien, le narrateur, est écrivain. Il retourne dans la maison où il a grandi, vide, les parents ayant choisi de vivre leur retraite plus au Sud. « … la maison va être vendue et je donnerais cher pour ne pas avoir à la vider, comme l’on refuserait d’aller à la reconnaissance d’un corps. Je savais ma jeunesse révolue ; aujourd’hui j’ai la tardive et imparable occasion d’en déplorer enfin la dispartition. Je n’ai pas vu le temps filer , écrire, devenir, ne pas se retourner. Et je n’ai pas eu grand mal à laisser cette vie-là où elle était tant qu’elle n’était pas enterrée »

En rupture amoureuse et en promotion de son dernier livre, il se retrouve à errer dans cette petite ville hors saison, seul puis en compagnie de la petite fille de son ex, avant que son frère ne le rejoigne. Sans oublier une fille qu’il a connu au lycée et qui lui rappelle le trio qu’il a formé plus tôt.
Parmi les réussites du livre figure incontestablement la subtilité à décrire les relations entre les deux frères, le narrateur et son aîné, entre envie de protection et étouffement affectueux. « Mon frère ne me reconnaît pas. Il me juge » note Aurélien, qui le soir venu vide la cave parentale de ses grands crus. De même, les relations entre le narrateur et la petite fille sont très finement observées.

Le moins réussi concerne la rencontre un peu téléphonée avec une autochtone, signe d’une possible renaissance ou la fin du livre quand un vieux secret est dévoilé. Secret qui est le coeur du livre et qui est éludé un peu rapidement. Comme si l’auteur si fin à décrire les sentiments ne savaient pas quoi en faire. On aimerait beaucoup qu’il écrive la suite de ce roman. Ou que faisant l’inverse d’Alexandre Dumas, il nous propose un jour un « Vingt ans avant ».

 

Chronique de Christophe Bys 

 

Je ne retrouve personne, Arnaud Cathrine,  Verticales, ISBN : 9782070137855 

 

Quatrième de couverture :

Lorsqu’Aurélien Delamare débarque à Villerville un dimanche d’automne pour régler la vente de la maison familiale, il est censé n’y passer qu’une nuit. Ce séjour va pourtant se prolonger et prendre l’allure d’un état des lieux personnel. Face aux fantômes ravivés de l’adolescence, Aurélien interroge son histoire jusqu’à sonder les racines d’une solitude à la fois subie et choisie. Maintenant qu’il est revenu en presque étranger dans son village natal, la question se pose autrement : s’agit-il de retrouver quiconque ou de rencontrer enfin quelqu’un?

Je ne retrouve personne est un livre d’abandon au principe d’incertitude. On y doute de soi au passé (re)composé et au présent le plus immédiat. À travers ce journal d’un trentenaire en crise – et pour ce huitième roman aux Éditions Verticales –, Arnaud Cathrine ose se perdre pour mieux surmonter un à un les pièges de la mélancolie.

 



une petite faim de culture ? inscrivez vous à la newsletter
Share This
WordPress Video Lightbox Plugin