La confrérie des chasseurs de livres de Raphaël Jérusalmy

La confrérie des chasseurs de livres de Raphaël Jérusalmy

Le récit commence au moment où François Villon est emprisonné, condamné à être pendu, attendant la sentence dans une geôle. Dans la vraie vie, l’histoire s’arrête là, car on n’a plus aucune trace du poète. Dans le roman, l’Église de France, et derrière elle le Roi de France, le chargent d’une mystérieuse mission : permettre à un imprimeur de s’installer à Paris et surtout faire venir des manuscrits, manuscrits dont la pensée doit ébranler Rome. Enfin cela, c’est le début car la quête des plus précieux manuscrits emmène Villon en Palestine.

Il y a plusieurs choses à dire sur ce roman.

Il s’agit d’un hymne au livre, à la littérature, à la poésie, au manuscrit. Le savoir se transmet sans que rien ne puisse l’arrêter. Les cartes et les traités sont dotés d’un pouvoir, d’une vie propre, comme si d’eux-mêmes ils essaimaient, permettaient à l’esprit humain de se développer, d’échapper aux ténèbres. C’est une utopie naïve, mais pleine de rêve.

La particularité est que Jerusalmy invente une confrérie de chasseurs de livres (au nom prometteur) qui organise clandestinement ce grand déferlement du savoir en Occident à l’aube de la Renaissance. Cette confrérie est formée par de grands savants juifs, résistants aux siècles et à la persécution depuis le désert palestinien. Elle est ainsi l’auteur de ce grand bouleversement de civilisation. Il faut dire que le roman contient nombre de références très fines à l’époque considérée.

Le problème est que je n’aime pas du tout les théories du complot, même romanesques, même utopiques, même sympathiques. Je trouve que c’est un manque d’imagination, que cela ôte à tout récit sa vraisemblance, et même que cela rend une narration particulièrement paresseuse (puisque tout rebondissement s’explique par la secte mystérieuse). J’ai donc eu particulièrement du mal avec ce postulat. C’est pour moi la grosse faiblesse du roman.

Je ne suis pas convaincue par la présence de François Villon. Sans doute à cause du choix narratif : le roman commence quand Villon n’est plus Villon, on ne retrouve presque rien de son personnage et de son univers. Il semble un prétexte. Il apparaît comme un symbole du poète roublard, mais en réalité n’a aucune prise sur les événements – puisque la confrérie décide de tout. C’est à travers ses yeux que l’on suit principalement le récit et donc que l’on découvre la Terre Sainte.

Dans les points positifs : le rythme du récit, qui estt très bien mené. Les chapitres longs et cours alternent, ainsi que les tons: manigances complotistes, voyage en Palestine, marchandage de manuscrits… Le roman se lit comme un roman d’aventures. Les rebondissements, assez prévisibles, sont bien racontés et le livre est séduisant sur ce plan.

J’ai trouvé que les portraits individuels et les explorations psychologiques étaient plus réussis que les scènes de dialogues et d’interactions entre personnages, un peu prévisibles à mon goût. Le rabbin Gamliel, l’italien Federico, le pape Paul II, le personnage qui a pour nom François Villon, frère Paul, etc. sont individuellement réussis, attachants et complexes.

Il ne s’agit pas du glorieux XVe siècle : les foires de France et les ports italiens. À Jérusalem il y a certes les lieux saints, mais surtout l’entrelacs des lieux ruelles, le désert et le face à face compliqué entre mamelouks, pèlerins chrétiens, juifs, marchands… Jerusalmy est bien documenté, on aurait aimé peut-être plus de temps dans ces évocation

 

Chronique de Nathalie 

 

 

La confrérie des chasseurs de livres, Raphaël Jérusalmy, Actes Sud , ISBN 978-2330022617

Quatrième de couverture :

Le roman de Raphaël Jerusalmy commence là où calent les livres d’histoire. François Villon, premier poète des temps modernes et brigand notoire, croupit dans les geôles de Louis XI en attendant son exécution. Quand il reçoit la visite d’un émissaire du roi, il est loin d’en espérer plus qu’un dernier repas. Rebelle, méfiant, il passe pourtant un marché avec l’évêque de Paris et accepte une mission secrète qui consiste d’abord à convaincre un libraire et imprimeur de Mayence de venir s’installer à Paris pour mieux combattre la censure et faciliter la circulation des idées progressistes réprouvées par Rome. Un premier pas sur un chemin escarpé qui mènera notre poète, flanqué de son fidèle acolyte coquillard maître Colin, jusqu’aux entrailles les plus fantasmatiques de la Jérusalem d’en bas, dans un vaste jeu d’alliances, de complots et de contre-complots qui met en marche les forces de l’esprit contre la toute-puissance des dogmes et des armes, pour faire triompher l’humanisme et la liberté.
Palpitant comme un roman d’aventures, vif et malicieux comme une farce faite à l’histoire des idées, regorgeant de trouvailles et de rebondissements, La Confrérie des chasseurs de livres cumule le charme et l’énergie de Fanfan la Tulipe, l’engagement et la dérision de Don Quichotte et le sens du suspense d’un Umberto Eco.

Diplômé de I’ENS et de la Sorbonne, Raphaël Jerusalmy a fait carrière au sein des services de renseignements militaires israéliens avant de mener des actions humanitaires puis de devenir marchand de livres anciens à Tel-Aviv. Après Sauver Mozart (Actes Sud, 2012), La Confrérie des chasseurs de livres est son deuxième roman.



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