Plus noire avant l’aube de Béatrice Fontanel

À partir des lettres réelles d’une famille, sur quatre générations, le roman de Béatrice Fontanel recrée les histoires de l’Histoire. Les titres de chapitre sont autant de mots simples pour dire les épisodes signifiants de la vie des Hartmann et les conflits majeurs du siècle passé. Au-delà de la biographie et de la reconstruction historique, ce livre encense la lecture, s’émerveille de la présence des fleurs et des insectes, et donne la part belle aux femmes.

Trois parties forment ce roman.
La première et la dernière, qui sont les plus réussies (bien que les plus courtes), poursuivent un dialogue entre Gabrielle et Alice, deux femmes qui, on le pressent dès le début, ont un lien sans le savoir.
La partie du milieu qui forme l’essentiel du roman décrit, à la manière d’un feuilleton, les nombreux membres de cette famille juive d’origine russe. Profondément ballottés par les événements, et spectateurs de l’effroi, les Hartmann sortent, fort heureusement, indemnes de la guerre, et le récit de continuer. Il manque un peu de la noirceur dans cette nuit qui a décimé le siècle. L’auteur, en maintenant les extraits de lettres, en comblant les blancs par des résumés, maintient le lecteur à distance. Judicieusement, l’intérêt renaît régulièrement en fin de chapitre, lorsque Béatrice Fontanel, par un naturalisme envoûtant, décrit méticuleusement végétation et insectes. Cette régularité amène poésie, connaissance et ravissement à la possible monotonie du récit. Ses métaphores incongrues et son vocabulaire précis et précieux, éblouissent, comme ils ont certainement pansés les blessures des personnages. Symbolique, ce mini précis d’ornithologie et de botanique est une respiration proprement paradisiaque.
Une autre jubilation parcourt ce récit, en l’éloge qui en en fait de la lecture. Pour peu qu’on relie les souvenirs de nos romans lus aux péripéties légères ou graves de notre propre vie, son usage intelligent et distrayant est un compagnon de vie inestimable. Comme preuve la merveilleuse conversation entamée au début et que poursuivent Gabrielle et Alice dans les dernières pages. Elle réunit les générations et malicieusement égaye ce roman pas si noir en attendant l’aube.

 

Chronique de Christiane Miège

 

Plus noire avant l’aube, Béatrice Fontanel, Stock, ISBN 9782234075665

 

Quatrième de couverture :

« Olga leva la tête pour goûter un instant la fantaisie de ces lignes à l’ironie volubile. L’auteur semblait vouloir taquiner la littérature elle-même, comme un pêcheur le goujon. Elle regarda par la fenêtre pour rêver de Paris. Le paysage continuait de lui plaire. Tout lui semblait plus charmant : l’herbe, les maisons des gardes-barrières et leurs potagers, les rivières plus lascives, leurs rives plus moussues, les villages pittoresques… La dernière nuit lui parut durer une éternité. Alors que l’aube se préparait, Olga souleva doucement le store. La nuit se retirait en se faisant prier. »

Les guerres, les exodes ont été leurs terrains d’aventure. La littérature, leur viatique. Les Hartmann n’ont eu de cesse de lui rendre hommage. Ce qu’ils ignoraient, c’est qu’à leur tour ils deviendraient des personnages de roman.
Partant de la correspondance réelle d’une famille de médecins parisiens d’origine russe, l’auteur a bâti une fiction. D’Odessa à Bobigny, Victor, Olga, André, Gabrielle et les autres vont traverser le XXe siècle avec une gracieuse désinvolture. Comme l’entomologiste, on les observe avancer dans la pénombre des tragédies de l’Histoire et des secrets de famille. Et, toujours, recouvrer la lumière.



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