Ardalen, vent de mémoire, de Miguelanxo Prado.

 Sabela arrive dans un petit village de Galice perdu au milieu des montagnes à la recherche d’un grand père, Francisco, qu’elle n’a jamais connu. De lui, elle sait juste qu’il était du village, qu’il est parti faire fortune à Cuba dans les années 30 et qu’il n’est jamais revenu. Les vieux, peu loquaces, finissent par lâcher le nom de Fidel, un ancien voyageur, trois fois naufragé, qui vit maintenant dans sa maison, à l’écart. Sabela va faire appel à la mémoire abimée de Fidel pour en savoir plus sur son grand père.

Sur fond d’enquête familiale, Miguelanxo Prado construit un roman graphique à la fois féérique et mélancolique. Prado entrecoupe son récit de faux articles scientifiques sur le rôle de la mémoire, de décisions de justice, de courriers entre les protagonistes. Le récit n’est pas linéaire, les sauts dans temps permettent d’en apprendre d’avantage sur les différents personnages, sur les liens qui les unissent ou les conflits qui les déchirent. La quête est captivante, et la personnalité de Fidel est complexe, à la fois touchante dans sa fragilité, et inquiétante dans ses délires. Il vit dans ses souvenirs, converse avec des fantômes, et plonge dans les abysses de son passé.

Visuellement, les dessins sont somptueux. Le trait de Prado est à la fois rond et tranchant. Les personnages ont de vraies gueules, les paysages familiers, se transforment en quelques cases en décors extraordinaires. La mise en couleur, par nuances légères et douces, rehaussée de traits plus soutenus fait de chaque case un tableau. Les cadrages, parfois cinématographiques, rythment parfaitement cette histoire, où les silences laissent le temps à la contemplation.

En plus d’être une excellente BD, Ardalen est un très bel objet, la mise en page et les documents qui ponctuent le récit sont soignés. Les typographies, différentes pour chaque personnage, peuvent rebuter au premier abord, mais s’avèrent une bonne aide à la lecture. L’ardalen, est un vent du sud ouest qui traverse l’atlantique, et on se laisse porter par les souvenirs qu’il charrie tout au long de l’histoire. 

Chronique de Romain Boussard 

« Ardalen, vent de mémoire », Miguelanxo Prado , Castermann, isbn : 978 2 203 02976 7



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