La main de Joseph Castorp de Joao Ricardo Pedro

Premier roman virtuose d’un ingénieur portugais qui s’est mis à écrire après avoir été licencié (on se dit que la crise européenne peut avoir du bon) la main de Joseph Castorp est un roman qui laisse sur le cul, qu’on me pardonne cette trivialité, mais je ne vois pas meilleur moyen de dire le vertige à lire un roman qui brasse autant de thèmes avec une telle maîtrise et un style d’une énergie telle qu’on a l’impression que l’auteur a réussi à capter les battements de coeur d’un monde pour restituer toute la force de la vie. Le roman réussit à raconter l’histoire d’une famille, les Mendes et d’un pays, le Portugal, l’un et l’autre étant aux proies de la violence de la dictature salazariste à la décolonisation de l’Angola.

Difficile à réusmer, il conte dans un désordre apparent et en alternant personnages, générations et récits entremêlés, la généalogie du jeune Duarte, pianiste virtuose, sorte de prodige musical, qui pourtant arrêtera tout. Car l’art ne sauve pas chez Pedro, à l’image du destin de Joseph Castorp, ce pianiste qui préféra se couper la main après avoir réalisé qu’il avait joué pour les nazis. Créer c’est encore participer au monde et à sa violence, violence qui semble la pulsion de vie et de destruction. Chez Pedro, les humeurs humaines s’écoulent, sang et sperme, et la mort rôde toujours. Parfois brutale. Parfois plus pernicieuse, comme dans ce chapitre vertigineux, où la journée d’une femme est narrée par le menu jusqu’à la chute fatale de ces pages qui constituent au sein du livre, une sorte de nouvelle en diamant noir. Ou quand la vie se réfugie dans les détails au moment où…

Livre savant qui évoque la peinture et la musique, qui donne à voir et à entendre, irrigué d’un mystère qu’aurait pû goutter l’immense Borgès – qui est donc l’étrange Célestino qui est venu un jour frapper à la porte du grand père de Duarte, le médecin venu s’installer dans les montagnes et qui entretient une correspondance mystérieuse avec un ami parti pour l’Argentine ?

Roman mystérieux qui révèle certains de ses secrets, en opacifiant d’autres, où le mot « notre Duarte » provoque une réaction du personnage, qu’on comprendra des pages plus tard, quand on saura quand cette expression a été utilisé pour la première fois.

Et puis il y a le style, vibrant et fiévreux, refuge de la vie, capable de reproduire toutes les pulsations d’un coeur, depuis la naissance jusqu’à la dernière diastole. Evoquant Mozart : « …Wolfgang, l’enfant prodige.L’enfant gâté se prenant pour un plaisantin. Un gros maln jouant aux notes. Un footballeur de plage adroit, incapable de marque un but en dehors de la surface, de salir son short, de fare une faute, une passe de quarante mètre, un roi de l’esbrouge, perdu dans le labyrinthe, ourdi par sa propre dextérité. »

« Cela arrive, très souvent, qu’une profonde empathie se crée entre nous et une oeuvre d’art précise, on peut ainsi se découvrir en elle ou dans une partie d’elle. » La main de Joseph Castorp appartient à cette catégorie.

 

Chronique de Christophe Bys 

 

La main de Joseph Castorp, Joao Ricardo Pedro, Viviane Hamy , ISBN : 9782878585865, Traducteur : Elisabeth Monteiro Rodrigues

 

Quatrième de couverture :

25 avril 1974. Au Portugal, c’est la Révolution des Œillets. Tombe la dictature de Salazar, surgit la démocratie. Ce même jour, dans un petit village isolé au centre du pays, Celestino, armé de son fusil, disparaît… Quand on le retrouve, il est mort. Débarqué il y a plus de quarante ans dans cette zone rurale, comme sorti de nulle part, il s’était bien intégré mais demeurait auréolé de mystère. Le lecteur fasciné décrypte au fil des pages l’histoire de l’étrange bonhomme en même temps que celle de la famille de son ami, le docteur Auguto Mendes, et cela sur trois générations profondément marquées par le salazarisme et les guerres coloniales. Chacune des figures qui hantent ce roman étourdi de musique et de violence apprend irrésistiblement que les secrets et les mystères du passé traversent le temps…

Qu’est-il arrivé à Celestino ? Pourquoi et comment la rencontre de la petite et de la grande histoire fait-elle émerger un passé enfoui dont les répercussions résonnent comme le destin ?

La Main de Joseph Castorp foisonne d’histoires, de scènes insolites, de personnages fantasques et tragiques. L’ironie, l’humour, sans oublier la tendresse, caractérisent la belle entrée en littérature de João Ricardo Pedro.

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2 total comments on this postSubmit yours
  1. l’enthousiasme de cette chronique me donne vivement envie de me plonger dans ce roman.

  2. bonjour
    et vous pourrez rencontrer l’auteur le 30 janvier à la fondation gulbekian à paris. c’est la bonne surprise que je trouve ce soir dans ma boite aux lettres… si vous êtes parisien(ne) n’hésitez pas

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