Que ton règne vienne de Xavier de Moulins

Que ton règne vienne de Xavier de Moulins

Pour son dernier Opus, Xavier de Moulins, le fameux journaliste à la voix douce ex- de  Paris Dernière et joker sur M6, explore encore une fois, une thématique qui lui est très familière : celle de la paternité. Dans son premier roman, Un coup à prendre, il explorait déjà la figure du père célibataire. « Ce parfait ciel bleu », son deuxième ouvrage, introduisait la figure maternante de la grand-mère pour interroger encore cette notion qui semble lui poser problème : la famille.  Questionnement, il semblerait , on ne peut plus actuel.

 » Que ton règne vienne  » est une prière : probablement celle que Xavier de Moulins s’adresse à lui-même en secret.  Se faisant thaumaturge, il crée un personnage de père célibataire et paumé, au sein d’une histoire familiale qui sera non seulement le noeud de l’intrigue mais sa résolution fataliste. En interrogeant la figure fêlée du père de son protagoniste Paul, Xavier de Moulins cherche à s’interroger lui-même sur la transgression, le modèle familial et la construction de soi en tant qu’entité paternelle et homme. Paul vit sa dépression depuis 2 ans, après avoir quitté le grand amour de sa femme Ava et perdu son père en novembre 2013, auprès de son meilleur ami Oscar, homosexuel solaire et libre. Dans une narration à la fois à rebours et d’anticipation, il interroge les faits qui l’ont conduit à cette situation de père célibataire peu apte à la reconstruction, avec pour point de départ la mort de son père haÎ. C’est cette haine farouche sui sera le noeud de l’intrigue.

L’auteur veut explorer les relations qui font la route, le compagnonnage, ce besoin humain d’avoir autour de soi des êtres qui comptent et pour qui il compte. Oscar, son meilleur ami, personnage à qui tout semble facile, sans interrogation, se révèle être le lien entre le bonheur et la mélancolie pour Paul. Xavier de Moulins veut prouver qu’aucun modèle n’est parfait, qu’aucun stéréotype ne mérite pas d’être réinterrrogé face à l’intime. Mère porteuse, mariage et divorce homosexuel, compagnonnage ennuyeux, mariage foudroyant et trahison grecque, tout est posé sur la table de dissection. Face à la figure solaire de son père, Paul n’est que l’être de consolation et de confort dont il s’est donné le rôle depuis longtemps auprès de sa mère et qu’il proroge auprès de ses femmes avec constance. Est-on déterminé par les schémas construits bien avant notre naissance par nos familles ? Doit on s’en échapper ?

De tout ce matériel, Xavier de Moulins tire un roman sans grâce et scolaire, telle une dissertation en deux parties pour un concours à Normale Sup : non il est impossible d’échapper au déterminisme social, mais cela n’empêche pas d’essayer. Encore faut il avoir le courage de prononcer la deuxième partie de la prière  » Que ta volonté soit faite ».

 

Chronique d’Abeline Majorel

 

 

Que ton règne vienne, Xavier de Moulins, Jean-Claude Lattès édition, ISBN 978-2709645744

 

Quatrième de couverture :

Deux ans après l’enterrement de son père, Paul revient progressivement à la vie. Jean-Paul a été de ces pères solaires, flamboyants, qu’on se tue à trop aimer. Une enfance de carte postale, un ami à la vie à la mort, un amour absolu… Jean-Paul plane sur la vie de son fils, figure tutélaire écrasante autant qu’admirée. Jusqu’à un soir de novembre 2013, où tout va basculer.
Comment survivre quand le passé a un tel goût de trahison ? Paul en réchappe grâce à la fidélité d’Oscar, son ami d’enfance. Mais il lui reste tout à réapprendre…
Sous ses airs désenchantés, Que ton règne vienne est un vibrant hommage au père, au lien filial. Une illustration parfaite de cette phrase de Jules Renard, qui ouvre le livre en forme de mise en garde : « Un père a deux vies : la sienne et celle de son fils. »

Peut être aurait-il du assortir son titre de la suite de la fameuse prière  » Que ta volonté soit faite « , tellement l’impression dominante à cette lecture est celle d’être face à un protagoniste dilettante, un Oedipe trop dramatique pour être vécu, un adulescent en quête de cette maturité qui le rendra bon père par mimétisme autant que par opposition.

 

 



une petite faim de culture ? inscrivez vous à la newsletter
Share This
WordPress Video Lightbox Plugin