La réparation de Colombe Schneck

C’est l’histoire d’un secret bien gardé, enfoui dans la mémoire d’une famille, enraciné dans le souvenir de la Shoah, un désastre ineffable. C’est l’histoire d’une jeune femme, qui veut savoir pourquoi ses proches se taisent et ne veulent pas dire l’indicible. La Réparation n’est pas l’histoire d’un objet que l’on répare, mais bien des plaies du passé laissant à peine quelques traces dans le présent.

Colombe Schneck l’a bien compris. Dans son entourage, le passé dérange. Seuls quelques membres de sa famille ont survécu à la Shoah, comme sa mère Hélène et sa grand-mère Ginda. Des disparus, il ne reste rien, juste quelques photographies dissimulées ici ou là. Mais, un large secret entoure les survivants, un souvenir dont personne ne souhaite évoquer. Avant sa mort, Hélène confie à Colombe une dernière volonté. Elle souhaite que son prochain enfant porte le prénom de Salomé, le même que celui de la fille de sa tante Raya, un petit être emporté par le génocide. Colombe n’avait jamais entendu parler de la fillette avant que sa mère ne l’évoque. Sa famille a toujours gardé le silence sur la petite Salomé. Lorsqu’elle tente d’interroger les survivantes à ce sujet, elle obtient peu de réponses. Chez ces femmes, la mémoire débute après la Shoah, car comme l’explique l’auteur, « il y a ce qui s’est passé dans les camps et qui n’est pas dicible et ce qui s’est passé après et qui l’est. » Mais quel secret entoure réellement l’existence de l’ancienne Salomé ? Que lui est-il arrivé ? Dans la famille de Colombe, il est interdit de se souvenir. Mieux, il faut oublier.

L’auteur décide alors de transgresser cet interdit et débute sa quête vers le passé. Elle découvre quelques souvenirs chez Pierre, le frère de sa mère. Lui aussi est un survivant, mais il n’a pas voulu oublié le passé et il est devenu écrivain. En mai 1942, il s’enfuie de Paris avec sa sœur Hélène et ses parents pour se réfugier à Vichy, échappant précipitamment aux rafles. Après la guerre, ils retrouvent leur appartement parisien occupé par des Français antisémites. La famille porte plainte, gagne le procès, mais finit par retourner s’installer à Vichy. Des années plus tard, Colombe touche mille cinq cents euros d’indemnité pour la spoliation de cet appartement. Mais, qu’est-ce que cette somme quand on a passé trois années de son existence dans la peur, sans n’avoir aucune nouvelle de sa famille, à vivre dans la souffrance de ne pas savoir ? Comment réparer le passé ? Pour comprendre ces souvenirs, Colombe devra poursuivre sa quête en Israël, aux Etats-Unis puis en Lituanie, le pays où sa famille est originaire.

Colombe Schneck fait partie de ces auteurs exquis qui abordent l’Histoire sans la réduire à une simple superposition d’évènements. Elle soulève subtilement la question des réparations des après- guerres. N’en livre-t-elle pas la réponse ? Car, peut-être que la meilleure façon de réparer le passé est d’en parler.

Chronique rédigée par Ingrid Gaza

La réparation, Colombe Schneck, Grasset, ISBN 978-2246788942

Quatrième de couverture :

« Je me suis d’abord trompée.
Je me disais c’est trop facile, tu portes des sandales dorées, tu te complais dans des histoires d’amour impossible, tu aimes les bains dans la Méditerranée et tu crois qu’une fille comme toi peut écrire sur la Shoah ? Car c’est bien de cela qu’il s’agit. La petite Salomé, dont ma fille a hérité du beau prénom, mon arrière grand-mère, mes oncles et tantes, mes cousins, vivaient en Lituanie avant la guerre. Ils appartenaient à une communauté dont il ne reste rien. »

Que s’est-il vraiment passé dans le ghetto de Kovno en 1943 ? Et pourquoi cette culpabilité en héritage ?
Dans ce roman-vrai, Colombe Schneck remonte le temps et fouille les mémoires. Jusqu’à la découverte d’une vérité bouleversante.



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