Fantaisie-sarabande d’Héléna Marienske

Un lecteur savant et lettré, le genre qui fréquente ou a fréquenté la Sorbonne, trouvera dans ce roman, allusions et références qui feront sa joie. Tant mieux pour lui. D’autres moins avertis de ces choses là feront comme moi et le liront au premier degré et prendront leur pied au premier degré, tant le talent d’Héléna Marienské est grand et son univers singulier. J’avais lu il y a quelques années son premier roman, Rhésus, paru aux éditions POL, qui relatait l’arrivée d’un singe dans une maison de retraite, désorganisant l’univers de l’hospice. Je n’avais rien lu depuis de cet auteure et continue de m’étonner que cette fantaisie sarabande n’ait pas fait parler davantage d’elle. Peut être que l’attachée de presse de Flammarion était malade au moment de la sortie du livre. Car franchement, un roman intelligent bien ficelé, ode à la femme et au plaisir féminin. Le tout bien écrit, jouant des clichés avec brio, il ne s’en publie pas tous les jours. Loin de là.
Fantaisie-sarabande évoque pour moi les expériences que l’on faisait en classe de seconde en cours de sciences physiques quand on étudiait le mouvement des corps. Soit l’étude de la mécanique. Ici l’auteur lance deux personnages féminins et attend de voir ce que provoquera leur rencontre programmée. Soit Annabelle, jeune fille, sorte d’Eddy Bellegueule au féminin pour la généalogie socio familiale, devenue prostituée (mais le mot lui va tellement mal) de luxe, ayant fait de son corps un instrument de conquête de sa liberté. Soit Angèle, la professeure épouse d’un pianiste égoïste et invivable, l’épouse parfaite pour une vie provinciale. Quoique, les maris, Angèle ne s’en encombre pas trop longtemps. Pour épaissir la sauce, Héléna Marienské ajoute un policier aux pulsions sado-maso inquiétantes  et tout ce qu’il faut de personnages secondaires pour rendre son récit réjouissant.

Comme dans Rhésus, son premier roman, on retrouve son goût pour casser les progressions logiques, son talent à décrire les corps et les humeurs, sa qualité à faire du plaisir d’écrire et de lire un symétrique au bien jouir. « Le sentiment paralyse, les conventions accablent, les griffes de la timidité enserrent les geste dans une comdéie de froideur qui masque mal la confusion, le tumulte. Elle n’est pourtant que désire, que désires, tellement plus que pour les tribades du Marais. Elle rêve de l’effleurer, Elle, d’arrêter dans sa course la main qui va et vent tandis qu’elle parle, et de l’embrasse, cette main, ou d’y verser des larmes. »

Pour ne rien gâter, Héléna Marienské possède un solide sens de l’ironie qui trouve son acmé dans l’ultime chapitre, aux allures sociologiques.

Revenant sur le mystère de la discrétion qui a entouré la publication de cette ouvrage, la solution est en quatrième de couverture. Ce roman est « une comédie réjouissante qui mêle fantaisie policière et pornographie débridée ». Et le gros mot n’est pas celui que l’on croît. Récemment le critique de cinéma Michel Ciment notait au Masque et la plume le mépris dans lequel on tenait le genre comique, à propos de Dans la cour de Pierre Salvadori, le critique étant toujours tenté de minorer le genre « ce n’est qu’une comédie après tout ».

Alors oui Fantaisie-sarabande n’est qu’une comédie, mais faire bien rire est à peu près aussi rare que faire bien jouir. Merci Héléna Marienské de faire divinement les deux. Je vous aime.

 

Chronique rédigée par Christophe Bys

 

Fantaisie-sarabande, Héléna Marienské, Flammarion , ISBN 978 2 0813 1416 0  

 

Quatrième de couverture :

Peut-on supporter d’un mari avare et volage qu’il vous empoisonne la vie ? Non : on le tue. Peut-on, lorsqu’on est belle à se damner, supporter de vivre au sein d’une famille de nazillons misérable et malodorante dans les friches de la Lorraine ? Non: on profite de sa beauté pour s’en sortir. Angèle la meurtrière, Annabelle la prostituée de luxe ont dit non. Elles se rencontrent : coup de foudre. Elles disent alors oui, oui à l’amour, la déraison, la passion. Oui, la femme est clairement l’avenir de la femme. Si ce n’est qu’un flic enquête sur le meurtre du mari d’Angèle. Une comédie réjouissante qui mêle fantaisie policière, romance et pornographie débridée.



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