La vie privée d’ Olivier Steiner

La vie privée d’ Olivier Steiner

« Je veux qu’il me fasse bouffer mon lyrisme, mes métaphores, mes élucubrations, mes formules et mes exagérations » écrit Olivier, le narrateur de la vie privée, le second roman d’Olivier Steiner. Comme un écho de Bohème le premier roman qui dégueulait de lyrisme et d’élucubrations, de formules et d’exagérations. Autant dire, que, comme l’auteur me l’a suggère, ce second roman est l’antithèse du précédent. Et, qui s’en étonnera, il m’a autant plu que le premier m’avait agacé.

Prévenons d’avance que c’est un livre à ne pas mettre entre toutes les mains, ou plutôt que c’est un livre à ne pas mettre devant tous les yeux. Olivier vit dans une maison en bord de mer. Il erre, semblant n’attendre plus rien dans la vie, sans se résoudre à la quitter, « le suicide ne pouvait pas tenir lieu de réponse, puisqu’il n’est qu’un moyen de se débarrasser de la question ». Emile un jour l’a recueilli, on ne saura jamais pourquoi. Pas plus qu’on ne connaîtra les relations qui unissaient les deux hommes.

Car tandis qu’Olivier attend, puis reçoit son amant au rez-de-chaussé, pour un plan SM, le cadavre d’Emile repose sur un lit au premier étage. Dans ce texte finalement assez court, Olivier Steiner confirme qu’il a un véritable talent de narrateur, quon avait déjà remarqué dans Bohème. Quand je l’ai acheté, ma libraire m’avait prévenu « c’est un livre qu’on ne peut pas lâcher ». En particulier parce que le récit passe en permanence du rez de chaussée au premier étage, avec un art de la transition remarquable. L’espace d’un instant, l’auteur nous perd. Et ce à chaque à fois, ce qui révèle une grande maîtrise. Un des effets de ce texte est d’abolir la frontière entre le vivant et l’inerte. Par moments, le corps en décomposition d’Emile semble plus vivant, animé d’une autre sorte de vie -la fameuse vie privée du titre – que le corps d’Olivier qui se livre au sadomasochisme, animée d’une pulsion d’anéantissement. Où le jouir ultime serait dans le « ne plus être ». Comme une envie de dissipation, qui abolirait toutes les souffrances, jusqu’à l’existence.

Pour ce faire, Olivier Steiner donne à son texte une drôle de tonalité, étonnament singulière : il invente une sorte de lyrisme froid, pour ne pas dire glacial. Loin d’être insensible, La vie privée regorge d’une vie bouillonnante, mais qui semble comme congelée. Comme si vivre pleinement risquait de tout détruire.

 

Attention : nous devons prévenir les lecteurs que ce texte comporte de nombreuses scènes décrites crûment. On est plus du côté de George Bataille que de Katherine Pancol.

 

Chronique de Christophe BYs

 

La vie privée, Olivier Steiner, l’Arpenteur, 

 

Quatrième de couverture :

Huis clos dans une maison du bord de mer. Tandis que la dépouille d’Emile repose dans une chambre à l’étage, le narrateur attend le dominateur. Une voiture se gare, c’est lui, le voilà dans l’embrasure de la porte, pile à l’heure, et sa ponctualité est déjà une forme de sévérité. Se joue alors la scène primitive, danse d’Eros et Thanatos, entre ombres et lumières, « sexe et effroi ». Poussés aux derniers retranchements de la chair et de l’esprit, les corps exultent, souffrent et jouissent, livrent leur essence même. Avec La vie privée, Olivier Steiner signe un voyage sans retour, magnifique oraison funèbre, expérience de lecture rare où se dévoile notre humanité dans ce qu’elle a de plus noir et de plus cru.



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