Le portique du front de mer de Manuel Candré

Le portique du front de mer de Manuel Candré

Voilà un livre sur lequel on hésite à poser des mots tant sa poésie et osons le mot sa grâce irradient et réchauffent le lecteur. Voilà un auteur dont c’est le deuxième roman et qui réussit un récit magistral. Tout ce qu’on écrira échouera à rendre la beauté de son écriture incandescente, à l’élégance fragile et certaine. Lançons nous quand même.

Soit l’histoire d’un quator de personnages qui pourraient hanter les pages d’un roman de Patrick Modiano. On les imagine encore jeunes, oisifs et errants, désoeuvrés, participant à de drôles d’activité, comme les chasses aux raies des sables ou aux parties de jeux de Igo. L’auteur explique que cet univers est inspiré de récits de l’écrivain britannique J.G. Ballard.

Roman hypnotique où l’errance prend des allures de cauchemar, roman d’avant ou d’après la catastrophe, Le portique du front de mer est avant tout une sublime balade existentielle. « Alors, nous reprenons nos jambes et nous les faisons glisser sur les ombres du jour, traversant mentalement chaque villa du parc, saccageant les jardins en pensée, cheminant sans rien dire d’autre qu’une forme de joie fatiguée. »

Quand trop d’écrivains succombent au tintamarre des réponses, Manuel Candré préfère la sourdine des questions les plus essentielles. « Nous entrâmes comme en un ralenti insupportable dans l’univers opalin de la forêt de givre, cette épouvantable période, qui fut aussi, par d’autres aspects, la plus belle. »

Le portique du front de mer pourrait être la version romanesque des plus belles chansons de Radiohead, où « chaque mirage nous laisse dans un état de sidération légère que vient troubler le sentiment vague d’une tristesse profonde. » Dans un univers, avant ou après la fin du monde, on finit par ne plus savoir, le temps semblant s’être dissous comme l’un des personnages, les mots restent pour dire l’errance toujours recommencée, la quête inaboutie..

 

Taisons nous et laissons agir l’écho des mots de Manuel Candré.. ils nous rendront meilleurs.

 

Chronique de Christophe Bys

 

Le portique du front de mer, Manuel Candré , Editions Joëlle Losfeld, ISBN 978 2 0 7 252840 8

 

Quatrième de couverture :

Joao, Lucio, Ray Mayo et M sont les personnages fatigués de R., cité balnéaire ensablée, à l’abandon, dans laquelle la léthargie semble avoir remplacé jusqu’à l’atmosphère. Entre la chasse aux raies des sables, les parties de I.Go, les bières et les fritures de poulpe au Zanzibar, la vie pourrait s’y écouler sans heurts, si on excepte, toutefois, les mirages fantastiques qui viennent troubler l’horizon aux confins du désert.
Jusqu’au jour où l’un d’eux disparaît. Commencent alors les premiers hoquets du temps et la lente agonie de R – à moins que ce ne soit le début de quelque chose… Avec une écriture hypnotique et une ambiance à la J-G Ballard, ce deuxième roman de Manuel Candré est une expérience où l’on retrouve toute la force et la poésie d’Autour de moi.



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