La pharmacienne d’Esparbec

La pharmacienne d’Esparbec

Il faut rendre à César ce qui a appartenu à Pompée : Stéphane Rose m’a donné ce livre, de la main à la main, me l’a conseillé chaudement. Il faut dire que la couverture ne pouvait que parler à une femme dont le tour de hanches évoque plus la grâce de la montgolfière en latex que la liane fine et jeune. Et puis, je suis issue d’une famille médicale …

Trève de fausses excuses : Stéphane m’a confié un très bon porno. Pas un mom porn où on s’attache un peu à l’héroïne et où la pine du héros ne fourre qu’avec décence. Un porno. L’histoire ? C’est celle de Bébé diminutif de Bertrande, fille de la pharmacienne Laura, jumelle de Bertrand, cousine de Jérôme, affublée d’un beau-père appelé Beau-P, qui lui-même a un cousin sorti de taule Ernest. En une soirée, dramatique, tout le monde aura baisé avec tout le monde, ou presque. Et ce sera bon …

Parce qu’ Esparbec a une écriture raide et sait s’attarder sur les rondeurs en mouvement. Il y a de la chair, il y a du jus. C’est dégueulasse mais c’est ce qui fait jouir .

Cupcake de Nikola Shipley

Il faut dire que Bébé confirme le proverbe qui veut que  » les chattes ne font que des chiennes ». L’hérédité de la chaudasse, si l’on veut. Bébé est vierge mais s’est déjà faite enfiler, partout ailleurs et n’importe où. Comme Maman qui aime les fessées et le sexe roide de son mari dans le cul.

 » Du bout des doigts Ernest acheva de séparer les lèvres engluées de la vulve. Tout s’ouvrit. Bon dieu c’était autre chose que les moules qu’il dessinait au crayon bic sur l’entrefesse des petites lopes qu’il s’envoyait en taule ; c’est du vrai, là. Pour mieux admirer la chose, il prit un oreiller et le fourra, sous les fesses de la femme. Il lui ouvrit toute la boutique et s’abima dans une contemplation passionnée. Putain ce qu’il aimait ça, regarder dans une chatte bien ouverte ! « 

Ici on est pas là pour compter les papillons bleus de l’amour qui se poseront sur les fesses. On est dans le concret, le réel.  Laura se fait fesser dans le garage pour ne pas réveiller les enfants, on humecte au beurre pour mieux s’enfoncer dans l’anus. Un peu d’inceste, beaucoup de plaisir.

Mais surtout des fesses, charnues, molles, rebondissantes, ouvertes, gluantes. De celles que l’on retrouve dans les dessins d’Harukawa Namio et sa série Maxi Cula, mais soumises par leur sens à leurs hommes.

Enfin, il faut parler de la merveille de préface par Jean-jacques Pauvert. La générosité du lecteur au service de la pornographie. Le travail de fourmi de l’auteur pour nous en mettre partout .

 » Quand au style, proche du degré zéro prôné par Barthes, il s’interdit de former écran entre les choses racontées ( ou montrées ) et le lecteur. Il vise la transparence : le regard du lecteur doit le traverser sans s’y arrêter comme celui d’un voyeur un miroir sans tain. Cette écriture neutre, béhavioriste bannit le vocabulaire spécialisé des années 70, 80 ( cyprins, pieu, mandrin, chibre, fontine, turgescent, fluide – pour flasque, etc) ou celui des pornos de sex-shops ( actuellement repris par certains auteurs féminins dans des récits soit-disant scandaleux), mais aussi, l’ennemi n°1 : la métaphore et tout ce qui l’accompagne : les  » trouvailles », les mots d’auteur, les  » effets de style », les joliettes narcissiques. Si le lecteur remarque que le livre est  » bien écrit », c’est raté : il ne regarde plus, il lit. Je me bats donc avec tous les débutants contre la tentation de  » faire joli » ou de se regarder écrire. L »auteur de porno doit s’effacer devant ce qu’il raconte. » dit Esparbec

 



une petite faim de culture ? inscrivez vous à la newsletter
Share This
WordPress Video Lightbox Plugin