Des objets de rencontre de Lise Beninca

Se retrouver en résidence d’écriture chez Emmaüs n’est déjà pas commun. Ecrire ensuite sur « Des objets de rencontre » aussi variés que les destins qui s’y croisent, est une gageure que Lise Benincà accomplit avec fantaisie, gentillesse et pertinence. Sans tomber dans le pathos ou la mièvrerie des bons sentiments, ce roman raconte, avec simplicité et justesse, non seulement les objets, soit-disant inanimés, qui arrivent chez Emmaüs, mais surtout la vie de leur propriétaires. Il ranimera, à n’en pas douter, des souvenirs chez chaque lecteur.
« Il est évident que les objets nous parlent ; nous les achetons parfois pour des raisons connues de nous seuls. Je ressens moi-même cette émotion là en voyant émerger d’une grande malle débordant de peluches la tête de l’ourson avec lequel je dormais quand j’étais enfant ; sur un cintre de l’espace mode, le pull Kookaï à rayure que je portais à 20 ans ; dans le coin vaisselle, le set de huit épées miniatures disposées sur un petit portant, qui servait de pic à olives chez mes grands-parents. »

Arman


Concrètement, Lise Benincà s’est choisi comme bureau d’écrivain, une table au milieu des entrepôts d’Emmaüs Défi, rue Riquet à Paris. Elle a décidé de distinguer et parler régulièrement d’un objet, d’extraire des micro-fictions de son imagination. Très vite le projet s’enrichit d’une envie de créer un atelier d’écriture autour du « Je me souviens » de Georges Pérèc. Non seulement les objets retrouvent une nouvelle vie grâce à Emmaüs, mais la littérature également, redonne une parole aux bénévoles, grâce à l’auteur.
« Il y a une chanson indienne qui dit que quand un miroir est cassé, tu peux en acheter un autre. Mais quand ton amie t’a brisé le cœur, tu ne peux pas en avoir un deuxième. Moi dans le miroir, je regarde mes cicatrices. »
MOHAMMAD

Tony Cragg

On pense également à Francis Ponge, cité en exergue, dans la finesse des observations et la re-création d’un monde. Lise Benincà, en occupant pleinement l’espace d’Emmaüs, a pris le temps de regarder ces objets qui enclanchent l’imaginaire et libèrent les sentiments. Le temps de cette expérience littéraire, les personnes rejetées de la société retrouveront le fil de leur histoire.
Venant égayer la pesanteur de certaines situations, pudiquement évoquées, la loufoquerie et la poésie surgissent immanquablement de ce bric-à-brac. Et malgré la désesoir, l’injustice, la révolte et le scandale de certaines pages, une douceur se dégage du récit. Le style de Lise Benincà est aussi juste que son ambition morale. Jamais de condescendance ou de leçons, surtout une réconfortante compréhension des malheurs humains. Une langue simple analyse finement les paradoxes du bénévolat.

« C’est difficile à entendre, la trajectoire de ces destins là. On voudrait que l’histoire finisse bien. Mais Perle le dit avec franchise : « Les histoires des personnes que l’on accueille chez Emmaüs, ce sont des histoires qui commencent mal. Et qui finissent souvent mal aussi. »

Annette Messager


Ce rôle moral de la littérature, en parallèle avec la vocation d’entraide de l’Abbé Pierre, fait la justesse et le charme de ces récits. L’objet jeté et les destins perdus sont comme la bonne littérature : il traversent le temps et redonnent espoir et consolation.

 

Par, Christiane Miège

 

Des objets de rencontre, 

Lisa Beninca,

Joelle Losfeld



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