Portrait craché de Jean-Claude Pirotte

Portrait craché de Jean-Claude Pirotte

Si l’on considère la couverture, le dernier roman de Jean-Claude Pirotte décrit, à la troisième personne, le portrait d’un homme caché derrière un masque, que le narrateur tombe, en poursuivant son récit à la première personne.
Atteint d’un cancer qui paralyse la moitié de son visage (jusqu’à l’empêcher de fumer, boire et manger), et en proie à des douleurs qu’il relie à celles du passé, jamais l’auteur ne sombrera dans la plainte ou le désespoir. Au contraire.

Son roman revisite l’enfance, et l’on comprend très vite, que la littérature fut la grande affaire de cet homme. Arrivé bientôt au terme de sa vie, il y puise la force de vivre avec plénitude et confirme en cela la force de l’art et l’aide précieuse de la littérature sur son présent. Que ce soit comme écrivain ou comme lecteur assidu, la liste de ses admirations est longue.

Les descriptions méticuleuses de son passé et des maux qui le submergent, le dispute à la précision de son vocabulaire et à sa finesse analytique. La maladie le conduit vers une mort qu’il a toujours ressentie présente depuis son enfance. Son œil, aujourd’hui paralysé, a toujours observé ce « je est un autre ». Ce livre, aujourd’hui le dernier, a toujours la puissance de regarder la mort du haut de l’élégance de son style.

« Je n’ai rien appris. Tout à l’heure, quand le soleil sera au zénith, je me coucherai et j’attendrai, comprenant que la vie n’est qu’une longue attente de rien. j’aurais dû devenir prosateur et me

François-Xavier Messerschmidt

gargariser de mes aventures sans lendemains. Cela est encore une aventure, dit-il en examinant le fouillis des branches et de feuilles consternées par le climat excessif. »

A chaque chapitre, Jean-Pierre Pirotte interroge un moment clé de sa jeunesse, avec le courage qu’il a face à la mort annoncée. À chaque fois, il pose un écrivain en parallèle, la route est infinie et tourne en boucle. L’importance d’une mère rigide, détestée, et la connivence avec un grand-père cultivé, aimé, reviennent sans cesse. La vie ne lui a rien épargné, mais la gentillesse des médecins accompagnent aujourd’hui cet homme à l’heure des bilans, et l’espoir renaît chaque jour. Le courage élégant de ce pessimiste dompté est philosophique. Son fatalisme reste jouisseur et la poésie enlumine chaque chimiothérapie. La « littérature du dedans », comme il la nomme, a toujours libéré l’être pessimiste et solitaire.

« Toujours il en revient à l’enfance, au début de l’adolescence, à cette époque de la vie où se heurtent les éblouissements et la prescience des désastres. Il ne peut effacer les souvenirs qui l’empoignent encore, et, dussent-ils disparaître, c’est de leur effacement qu’il mourrait »

Décrivant continuellement l’état de son corps, et rappelant sans cesse le passé et ses lectures, il forge sont récit sur une résistance qui finalement apporte la sérénité. Appelant des dizaines d’auteurs, récitant des poésies toujours présentes, sur cette base rituelle, la vie continue.

« Il est devenu temps d’écrire puisque c’est une façon de vivre, et j’ai le sentiment étrange de soigner le cancer avec des mots. Illusion bien sûr, mais de quoi vivons-nous sinon d’illusions perdues et sans cesse renouvelées. »

Le roman glisse sereinement vers la fin, Jean-Claude Pirotte nous a quitté depuis.

 

Chronique de Christiane Miège 

 

Jean-Claude Pirotte
Collection RomansCherche-Midi Editeur

 



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