Le testament de Marie de Colm Toibin

Colm Toibin, écrivain irlandais, n’a manifestement pas fini d’explorer la figure de la mère. Après New ways to kill your mother, il s’attaque à LA mère, celle qui berce le catholicisme irlandais de sa douce présence : la Vierge, Marie.

Dans ce roman aux allures de nouvelle, on trouve tous les thèmes chers à Toibin, l’exil, la maternité, le sexe et l’Eglise. Le lien entre cette mère et son enfant, ce lien que l’on dit indéfectible, ce lien qui fait partager la souffrance, c’est ce que veut explorer Toibin. Tout le roman tient sur cette phrase :

« Pendant des années, je me suis rassurée à la pensée de toutes les heures endurées sur la colline, et de ma souffrance d’alors. Mais il faut que je le dise, au moins une fois. Je dois laisser sortir les mots. Malgré la panique, malgré le désespoir et les cris, malgré le fait que son coeur et sa chair étaient mon coeur et ma chair, malgré la douleur, une douleur qui ne m’ a jamais quittée depuis et qui me suivra dans la tombe – malgré tout cela, le supplice était le sien, non le mien. Et quand à surgi la menace d’être moi-même trainée à l’écart et étranglée, ma première impulsion a été de fuir et il n’yen a pas eu d’autres. Tout s’est réduit à cela. « 

 

Colm Tobin veut donner une voix à Marie, celle qui est tellement pleine de grâce que personne n’a jamais connu son histoire. Elle commence avec sa maternité, elle termine avec la mort de son enfant. Une mère et rien d’autre. Mais peut-on n’être qu’une mère ?

( Pour sa prière finale, le film Une affaire de femmes de Claude Chabrol 1998 )

Scorcese au cinéma, Dan Brown pour la mauvaise littérature, tout le monde a essayé de donner une voix à Marie, l’immaculée. Tout le monde a surtout tenter d’imaginer ce que serait le réel de cette atrocité qu’était la crucifixion d’un homme. Tout le monde cherche à savoir ce qui transfigure un homme lors du supplice pour en faire un fils de Dieu. Tout le monde se demande jusqu’à quel point les Evangiles sont véridiques.

 

Toibin tente de percer le mystère du silence d’une mère mais livre finalement une nouvelle attendue :  le réalisme perd de sa substance quand il est confronté à la puissance du sacré, et il faudrait du génie pour rendre à l’humanité ce qu’elle a de plus humain. Toibin essaye, s’inspire et livre finalement son testament : la mère, mère de tous les maux. Mais on en vient à prier que le propos s’étoffe et que le style emporte vers les cieux. La prière est écourtée faute de lecture et vous dites Amen sans même y penser.

NB : Comme nous publions cette chronique le 15 août et eu égard à ce que nous avons pensé du livre, nous concluerons avec cette citation de Pierre Desproges :

 



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