De Charlie Hebdo à #Charlie de Jane Weston Vauclair et David Vauclair

Nous sommes le 11 janvier. Il y a un an de cela, nombre d’entre nous convergeaient à cette heure vers la place de la République, comme nous le faisions depuis 4 jours, pour manifester ensemble la première phase de notre deuil, le choc. Des barbus enfoncés dans leur haine d’un autre âge comme des fémurs dans la banlieue de Wercoyans avaient le 7 janvier, abattus des dessinateurs qui avaient le rire bête et méchant, des policiers courageux, et des clients juifs d’une épicerie : des français libres et vivants en paix.

 

Pour commémorer la douleur de cet évènement, pour ne jamais dépasser la phase de la colère légitime qu’ a créée cette tragédie, et pour mieux comprendre ce qu’il advient, il nous a semblé plus utile de planter du savoir qu’un arbre. Aussi, nous avons lu un des essais qui nous semblait le plus pédagogique sur le sujet : De Charlie Hebdo à #Charlie, de nos amis (full disclosure) Jane Weston Vauclair et David Vauclair.

 

 

Jane Weston Vauclair est docteur en Histoire Culturelle et sa thèse traite de «L’humour bête et méchant dans Hara Kiri et Charlie Hebdo» et nous avions déjà eu le plaisir de la faire intervenir sur le rire et le web pour le cycle « Eclairages pour le XXI° siècle» que nous tenions à la BPI. David Vauclair est un spécialiste de géopolitique qui a le sens de l’humour comme vous le savez en lisant ses chroniques ici et , ce qui permet à cet essai de prendre en compte les contextes politiques internationaux. Bref, ce sont des jeunes gens légitimes et intelligents.

 

D’abord louons la clarté pédagogique de ce livre. Divisé en trois parties : Enjeux, Histoire et Perspectives, il « fait le point» sur la réalité historique de Charlie Hebdo et le phénomène  #Charlie. Chaque partie se termine d’ailleurs par un résumé « Faisons le point» qui est le bienvenu. Les encarts informatifs sont riches et précis. Nous avons particulièrement apprécié par exemple l’utilisation de l’expression «monde arabo-persan» qui recouvre bien plus précisément une réalité que le globalisant «monde musulman» habituel.

Si #Charlie est devenu un rappel de l’attachement à la liberté d’expression, Charlie Hebdo a été ce journal que peu lisaient, mais auxquels ils étaient fidèles et qui faisait rire en désacralisant la bêtise, toutes les bêtises et notamment celle du cléricalisme et donc des religions. Le journal créé par Cavanna et Choron est l’héritier des 137 publications qui existaient au début du siècle dernier qui traitaient par la satire ce sujet.  Si une ligne éditoriale devait le définir cela serait celle de l’humanisme, comme le rappelle Stéphane Mazurier cité dans cet essai, et défini ainsi :

 

«(L’humanisme)  se fonde sur le refus catégorique de la violence, qu’elle soit guerrière, policière, judiciaire, ou même exercée sur des animaux. Un humanisme qui se fonde sur la défense des libertés individuelles : le droit de s’exprimer, au travers de la presse comme au travers d’une manifestation, le droit à disposer de son corps, le droit aussi de dénoncer les instruments d’aliénation que seraient la publicité ou les religions. Un humanisme qui se fonde, enfin, sur un idéal démocratique et républicain, et donc sur la critique de la monarchie présidentielle et de la confiscation du pouvoir par un clan, ainsi que sur la défense de la laîcité

 

Ce journal était fait par des personnalités, Cavanna et Choron, avec Reiser, Siné et tant d’autres et déjà Cabu, avec lequel nous avons tous grandi, Wolinski, Honoré, puis Charb, Tignous, Riss, Luz, Coco et tout ceux comme Bernard Maris ou Elsa Cayat qui partageaient cette vision du journal qu’exprimait Charb :

 

«Fils de mai 68, de la liberté, de l’insolence, et de personnalités aussi clairement situées que Cavanna, Cabu, Wolinski, Reiser, Gébé, Delfeil de Ton (…) il aura aidé ) former l’esprit critique d’une génération. En se moquant certes des pouvoirs et des puissants. En riant, et parfois à gorge déployée, des malheurs du monde, mais toujours, toujours, toujours en défendant la personne humaine et les valeurs universelles qui lui sont associées.» 

 

 

Vous saurez tout sur l’esprit Charlie, sur les personnalités qui le composaient, mais aussi sur le contexte, les soutiens, les opposants, le pourquoi du comment, l’aniconisme dans le Coran, les racines et perspectives de ce nouveau terrorisme. Nous le conseillons même aux professeurs qui voudraient faire un cours sur le sujet.

Et quand vous aurez fini, vous irez acheter des BD, celles de ces dessinateurs qui a l’insu de leur plein gré et pourtant conscients de leur devoir ont vu  leurs «droits de l’homme s’effacer devant les droits de l’asticot».

 

Chronique d’Abeline Majorel

 

De Charlie Hebdo à #Charlie

Jane Weston Vauclair et David Vauclair

Eyrolles 

 



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