N’appartenir de Karim Miské

C’est une négation qui signifie l’intranquillité. N’appartenir est un cri biographique de Karim Miské, auteur notamment du polar Arab Jazz. Dans ce récit, Karim Miské, fils d’une française et d’un ambassadeur mauritanien nous fait entrer dans sa tête, celle d’un homme qui « habite une étrangeté. Inquiétante, parfois. Ne jamais être exactement celui-là : the arab in the mirror. Ni celui-ci : le français dans ma tête. Drôle d’état. Le mien depuis toujours. «  En ces temps où les débats sur l’identité semblent ne jamais vouloir quitter le devant de la scène publique, le livre de Karim MIské cherche où est le trait d’union entre deux négations, celle de n’être ni ce à quoi physiquement la société le renvoie, ni ce qu’intérieurement par son éducation il est.

Ce qui interroge Karim Miské, c’est l’altérité. L’autre est à l’intérieur de lui, il est deux autres, trois autres, il se construit en étant autre. L’enfance est heureuse et puis vient le moment où il se heurte au réel, celui que les autres justement ont dans les yeux quand ils le voient lui : ils le définissent comme toujours autre à leur groupe. Pourtant lui se sent appartenir à tous, mais la négation de cette appartenance ne vient pas de lui mais des autres. N’appartenir.

Et il n’appartient tellement pas que même sa famille, en l’occurence son grand-père adoré ne le reconnait plus, ne digère plus cette altérité qu’il est, cette tâche étrangère dans la généalogie. De là nait la honte de ne pas être. Il n’est pas un arabe bien sur, il a été élevé dans le corps social français, dans la culture française. La preuve par inadvertance lorsqu’il commande de la charcuterie au Marché d’Aligre. Mais il est  » L’autre, l’extériorité constitutive que jamais le corps français tradi n’absorberait et dont je faisais à mon corps défendant partie ». On le renvoie non pas à une croyance mais à cette notion de Cultural Muslim qu’il rejette aussi : « Mais non. Ca marchait pas. Ce type là: pas moi. Le Cultural Muslim, comme ils disent maintenant pour élargir les rangs. Faire de la place à tous, fussent-ils mécréants. » 

Dans sa famille paternelle, on se bat aussi pour qu’il leur appartienne, que la partie de lui qui leur appartient devient la seule et unique. Mais il est confronté au racisme franc de sa grand-mère paternelle, à la déperdition de l’égo dans la soumission et l’esclavage.  « Tu es nous, tu es à nous. Tu n’es pas Blanc, ce nasrani que tu crois être. Et c’ était si bizarre cette chose, ce destin : être considéré comme un des leurs par ceux à qui je ressemblais au-dehors, incarner l’autre, le jamais pareil pour ceux à qui je ressemblais au-dedans. » N’appartenir

Zhang Huan, Family Tree

Ponctué par des cris en majuscule de colère, de honte et d’incompréhension, Karim Miské résout la quadrature du cercle de ses origines et nous offre un universel dans lequel l’altérité est une curiosité bienveillante et une ressource imaginaire. Sa patrie, celle qu’il s’est choisi et plus que cela même sa foi. Celle des honnêtes hommes, celle de ceux qui ont foi en eux et sont libres de s’appartenir.

« La foi, le mot est lâché. Car si, à l’adolescence, le polar t’a appris à regarder et nommer le crime, dès l’enfance, tu étais déjà profondément croyant. Les livres étaient, depuis ta première méthode de lecture dont les dessins sont restés imprimés dans tes synapses, la chose sacrée. Vivre sans eux t’était impossible, tout simplement. En ouvrir un c’était rentrer à la maison. C’était enfin 

APPARTENIR

au pays de la littérature. Celui qu’avaient cartographie Bradbury et Truffaut. »

 

 

 

N’appartenir, Karim Miské, Viviane Hamy, 81 p, 12,50€

 

 

Chronique d’Abeline Majorel 

 

 

 

 



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